Et s’il gagnait dix des onze Etats en jeu lors du «Super mardi» à l’exception du Texas? En tête des primaires républicaines, Donald Trump est bien parti pour gagner une part importante des 661 délégués en jeu ce mardi et s’approcher des 1237 délégués nécessaires pour décrocher l’investiture du parti. Paniquées par une telle perspective, les élites du Parti républicain tentent par tous les moyens de faire barrage au milliardaire new-yorkais.

Mais plutôt qu’un blitzkrieg de dernière minute, sans doute trop tardif, il aurait fallu mener une guerre de tranchée dès la montée en puissance du magnat de l’immobilier en automne dernier. Car aujourd’hui, l’homme d’affaires qui n’a jamais fait de politique, semble inarrêtable tant il parvient à canaliser le mécontentement contre Washington et les républicains du Congrès. Son ascension plonge le Parti républicain dans une crise identitaire sans précédent.

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Lundi, Glenn Beck, animateur réputé d’une radio conservatrice, illustrait le désarroi républicain. Sous le hashtag #NeverTrump créé par l’équipe du sénateur de Floride Marco Rubio, il disait «prier pour avoir un vrai constitutionnaliste (Ted Cruz)» dans les habits du candidat républicain investi pour affronter le/la candidat/e démocrate lors de la présidentielle du 8 novembre.

Au cours du week-end, les candidats Marco Rubio et Ted Cruz ont multiplié les attaques au vitriol. La dramaturgie des primaires républicaines s’est intensifiée encore samedi quand le milliardaire de New York a refusé de désavouer David Duke, un ancien grand chef du Ku Klux Klan qui le soutient. «Nous ne pouvons pas être le parti qui va investir quelqu’un qui refuse de condamner des suprémacistes blancs», a dénoncé Marco Rubio. Le sénateur de Floride a aussi fustigé l’hypocrisie de son rival Trump qui claironne son discours anti-immigration, mais qui a engagé près de deux cents clandestins polonais pour ériger sa Trump Tower au cœur de Manhattan.

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Le phénomène Trump inquiète

Le 20 février à Washington, une réunion des gouverneurs républicains a été en partie consacrée au phénomène Trump. Le gouverneur du Maine Paul LePage a suggéré à ses collègues de s’adresser directement au peuple par une missive avertissant des dangers d’une investiture de Donald Trump. Personne n’a voulu y donner suite. En automne, deux anciens stratèges républicains ont cherché à mettre en place un super-PAC (comité d’action politique) richement doté dénommé «ProtectUS» pour contrer Trump. Motif: les républicains pourraient perdre non seulement la Maison-Blanche, mais aussi le Sénat et plusieurs postes de gouverneur en novembre.

La démarche est restée lettre morte. Même les anciennes gloires ont été sollicitées, dont le candidat malheureux à la Maison-Blanche Mitt Romney. Sans preuve à l’appui, l’ancien rival de Barack Obama en 2012 a laissé entendre que les déclarations fiscales du New-Yorkais pourraient contenir des éléments «explosifs». Il a aussi tenté de convaincre le gouverneur d’Ohio John Kasich de mettre fin à sa campagne électorale pour se rallier derrière un candidat mieux placé, Marco Rubio. Sans effet. L’establishment est lui-même en plein questionnement. Contre toute attente, le gouverneur du New Jersey Chris Christie a apporté son soutien à Donald Trump, laissant craindre qu’une partie de l’élite républicaine pourrait en faire de même.

Marge de manœuvre limitée pour le parti

Cette guerre intestine risque d’avoir des conséquences. Marco Rubio affirme déjà qu’il ne soutiendra pas Donald Trump, même s’il a un nombre de délégués suffisant avant la convention de Cleveland en juillet. Pour l’homme d’affaires new-yorkais, l’attitude du sénateur de Floride «viole» la promesse faite par chaque candidat républicain de soutenir le candidat investi quel qu’il soit. Désormais, la marge de manœuvre de l’élite du parti est limitée. Trop en faire pourrait faire le jeu de l’ex-star de la télé-réalité.

Cela n’empêche pas quelques républicains de fomenter déjà un «coup» contre Donald Trump pour la convention de Cleveland au cas où le New-Yorkais devrait remporter les primaires. Dans le camp de Marco Rubio, on le dit ouvertement: les délégués ne sont liés à leur vote que pour un premier tour de scrutin. Ils pourraient, selon lui, s’affranchir de voter pour Trump dans un éventuel second tour. John Kasich envisage le même type de manœuvre. Pour sa part, le chef des républicains du Sénat Mitch McConnell prépare ses collègues, selon le New York Times, à diffuser des publicités négatives contre Trump si ce dernier est le candidat officiel. La logique? A ses yeux, Trump étant certain de perdre face à Hillary Clinton, autant assurer la réélection de plusieurs républicains au Sénat pour faire contrepoids à une présidence… démocrate.

Pour le Grand Vieux Parti, l’heure est grave. Si Donald Trump devient le candidat officiel, plusieurs républicains prédisent déjà l’éclatement du parti et des défections aussi massives que celles que le Parti démocrate avait subies quand le président Lyndon Johnson avait fini par embrasser la lutte pour les droits civiques dans les années 1960.