Le Bloc Porochenko favori des législatives

Ukraine Les électeurs se rendent aux urnes dimanche pour renouveler le parlement

Les séparatistes organisent leur propre scrutin le 2 novembre

Au soir de son élection le 24 mai dernier, le président Petro Porochenko savait qu’il n’aurait pas toutes les cartes en main. En effet, les parlementaires élus en 2012, dont le mandat courait jusqu’en 2017, représentaient l’équilibre des forces établi sous la présidence de Viktor Ianoukovitch. Une majorité des députés en place avait voté le 16 janvier les lois antidémocratiques répressives, radicalisant le mouvement de Maïdan.

Puis, au cours de l’été, une majorité à la Verkhovna Rada, dont beaucoup de l’ex-Parti des régions, avait refusé de condamner les séparatistes de Donetsk et de Lougansk, offrant à Petro Porochenko l’argument fatal pour dissoudre la Chambre, le 25 août, afin d’expurger «la cinquième colonne», accusée de jouer le jeu de la Russie.

L’élection anticipée de dimanche pourrait être celle d’un nouveau départ pour l’Ukraine: celle de l’au revoir avec le clientélisme véreux de l’ère Ianoukovitch, et celle des réformes politiques portées par la société et promises du bout de la langue par des partis à la légitimité faible, bousculés par la guerre et l’effondrement de l’économie (–8% de PIB en 2014). Daryna Sokolova, politologue et spécialiste du système politique à l’Institut Razoumkov de Kiev, remarque que «les thèmes qui mobilisent le plus sont la lutte contre la corruption, la lustration administrative, la guerre dans le Donbass et la réforme de l’armée».

Quatre cent cinquante sièges sont à renouveler: la moitié est attribuée aux listes de partis nationales, selon un système à la proportionnelle, l’autre moitié aux candidats individuels dans les districts. Le scrutin de liste passera au révélateur une nouvelle géographie politique et mentale de l’Ukraine. Toutefois, «l’achat de voix dans les circonscriptions reste une des armes principales des candidats et les partis n’ont pas tous rendu publics leur financement», estime Daryna Sokolova, selon qui ces «pratiques honteuses» ne disparaîtront que scrutin après scrutin.

Sans surprise, le Bloc Porochenko arrive en tête des sondages. Le président a réuni autour de lui un spectre large allant d’activistes de Maïdan à des oligarques, autour d’un programme simple: l’Europe à l’horizon 2020, et la paix à l’est. Selon un sondage de la Fondation des initiatives démocratiques, la liste Porochenko, à laquelle s’est rallié le parti Oudar du maire de Kiev, Vitali Klitschko, est créditée de 30% d’intentions de vote.

Plus étonnant: la prévision de score très élevée du Parti radical du populiste Oleh Liachko, souvent considéré comme le «Jirinovski ukrainien» pour ses outrances verbales. L’homme qui a constitué sa propre milice extrajudiciaire pour «chasser les séparatistes à l’est» en dehors de tout cadre juridique, frôle les 13% et capte une partie de l’opinion traversée par un patriotisme belliqueux, sur fond de drames liés à la guerre.

Le Front populaire du premier ministre Arseni Iatseniouk, qui marque sa différence avec Petro Porochenko en réclamant une politique bien plus vigoureuse en matière militaire et économique, est estimé à 10,5%, rendant le personnage incontournable. «Les grands perdants sont le parti d’extrême droite Svoboda, à 4%, qui pourrait ne pas rentrer au parlement et le parti Batkivtchina de Ioulia Timochenko, à 7,5%», analyse Daryna Sokolova. L’étoile de l’ancienne première ministre, assimilée aux dérives de la décennie passée, pourrait pâlir à nouveau.

Les communistes tombent à 4%, mais surtout le Bloc d’opposition, ex-Parti des régions de Viktor Ianoukovitch, passé au hachoir, culmine à 2%. Une déroute à nuancer, sachant que 50% des anciens votants du parti, localisés dans le sud et l’est, rechignent à sortir de chez eux voter, et que dans leurs bastions de Donetsk et de Lougansk, pas une urne ne sera posée dimanche, les séparatistes organisant leur propre scrutin le 2 novembre.

La conséquence, c’est que le Kremlin risque de perdre tous ses relais d’influence au cœur du système ukrainien, ce qui pourrait inciter Vladimir Poutine à utiliser d’autres canaux, économiques ou militaires, pour garder une influence sur le jeu à Kiev, déstabiliser Petro Porochenko et se venger de l’affront infligé par les révolutionnaires de Maïdan.

Certains représentants de la société civile ou combattants volontaires frappent à la porte de la Rada: comme le journaliste vedette Mustafa Nayyem, éligible sur la liste Porochenko, qui a déclenché Maïdan le 21 novembre dernier en appelant à la première manifestation, ou le chef du bataillon Donbass, Semen Semenchenko, inscrit sur la liste Samapomitch (8,3%) du moderniste et estimé maire de Lviv, Andreï Sadovy.

Ces personnalités populaires espèrent «changer le système de l’intérieur», mais leur tâche sera ardue. En effet, selon Nataliya Lynnyk, du comité des électeurs ukrainiens, «le nouveau parlement ne sera pas dominé par de nouvelles têtes». Bien au contraire, «près de 70% des députés sont en passe d’être réélus», faisant des parlementaires ukrainiens, en période post-révolutionnaire, les champions hors catégorie du retournement de veste.

Selon le comité des électeurs, «le nouveau parlement ne sera pas dominépar de nouvelles têtes»