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Des candidats à l’exil secourus en mer et ramenés en Libye par les garde-côtes, le 17 octobre dernier.
© HANI AMARA/REUTERS

Méditerranée

Le blocage des migrants en Libye entraîne une chute de 70% des arrivées en Italie

Amorcée dans l’été, la tendance se confirme cet automne: les arrivées en Italie ont baissé de plus de 70% depuis juillet par rapport à 2016, même si les flux sont loin d’être taris

Selon un dernier bilan de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), près de 150 000 migrants sont arrivés en Europe par la Méditerranée entre janvier et octobre cette année, et au moins 2826 autres sont morts ou disparus en mer.

Si les arrivées en Espagne ont presque triplé selon l’OIM – plus de 14 000 cette année contre 5445 à la même période en 2016 –, celles enregistré en Italie ont baissé de 30% sur les 10 premiers mois de l’année: 111 000 contre près de 160 000 l’an dernier, selon les statistiques du ministère italien de l’Intérieur.

Jusqu’à fin juin, ces arrivées étaient en hausse de près de 20%, mais la tendance s’est radicalement inversée, avec une chute de 70% à partir de la mi-juillet, essentiellement du fait d’accords controversés avec les autorités, les tribus et – selon plusieurs sources libyennes que les autorités italiennes démentent – certaines milices libyennes.

Inversion de tendance depuis mi-juillet

A la mi-octobre, le Haut-Commissariat de l’ONU aux réfugiés (HCR) avait ainsi annoncé la découverte de plus de 14 500 migrants détenus par des trafiquants dans et autour de Sabratha, dans l’ouest du pays.

Enfermés dans des fermes, des maisons et des entrepôts, ils ont décrit «des souffrances et des abus d’une ampleur choquante», avait ajouté le HCR, estimant que 6000 autres migrants étaient encore probablement détenus dans cette zone.

Renvoyés en Libye

Au-delà de la reprise en mains de Sabratha, un soutien très concret apporté par l’Union européenne, et en particulier l’Italie, a aussi permis aux gardes-côtes libyens d’intercepter des milliers de migrants cette année, et plus seulement dans les eaux territoriales libyennes.

Lire également: Quand le pape invite à mieux voir les migrants

Ainsi mardi, le navire humanitaire Aquarius, affrété par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), envoyé par les gardes-côtes italiens au secours de deux canots en difficulté à plus de 30 milles nautiques des côtes, a vu des gardes-côtes libyens prendre en charge les plus de 200 migrants à bord pour les ramener en Libye.

«Personne ne devrait être renvoyé en Libye», a dénoncé MSF sur Twitter, alors que, faute de contrôles adéquats, les migrants interceptés en mer sont souvent soumis à un nouveau cycle de violences et d’abus.

La forte baisse de l’activité en mer et des menaces des gardes-côtes libyens ont poussé plusieurs ONG à suspendre leurs opérations ces derniers mois, ne laissant plus en mer qu’une poignée de navires humanitaires et quelques bâtiments militaires européens.

Navires commerciaux parfois réquisitionnés

Dans ce contexte, l’Organisation maritime internationale (OMI) a tenu lundi à Londres une conférence sur le défi que les opérations de secours représentent pour les navires commerciaux croisant au large de la Libye et régulièrement mobilisés alors qu’ils ne sont pas équipés.

Selon l’OMI, les navires commerciaux ont été réquisitionnés dans 10% des opérations de secours ces dernières années, à 112 reprises en 2016 et déjà 101 reprises cette année.

«Les gouvernements et l’industrie du transport maritime commercial vont continuer à mener les opérations de secours, mais des alternatives sûres et légales de migration doivent être développées, y compris des migrations sûres et légales par la mer si nécessaire», a déclaré Kitack Lim, secrétaire général de cette agence onusienne.

De nouveaux points de départ

Pour l’Italie, la baisse des arrivées via la Libye ne règle pas tout: celles depuis la Tunisie ont été multipliées par trois cette année, celles depuis l’Algérie vers la Sardaigne par deux et celles depuis la Turquie vers le sud de la botte italienne ont progressé de 63%.

Lire notre reportage: En Tunisie, le désespoir des candidats à l’exil

Et depuis la fermeture de facto des frontières au nord de la péninsule l’année dernière, le pays peine à absorber seul ces nouveaux arrivants qui auparavant poursuivaient leur route: de 84 000 en 2015, les demandes d’asile sont passées à 123 000 en 2016 et déjà plus de 106 000 à la fin septembre cette année, tandis que les centres d’accueil sont toujours débordés.

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