A l’instar du Washington Post, presque tous les sites de presse américains en font un gros titre ce vendredi matin: «Michael Bloomberg endorses Obama». C’est une petite sensation: le maire de New York, qui se dit politiquement indépendant, «a créé la surprise jeudi» – selon le New York Times – en apportant son soutien au président démocrate, Barack Obama. Saluant son implication dans la lutte contre le réchauffement climatique. M. Bloomberg, qui était très courtisé par les deux candidats, s’était jusqu’alors montré très critique à l’égard de l’un et de l’autre, dénonçant le ton de la campagne et estimant qu’Obama et son adversaire républicain, Mitt Romney, n’abordaient pas les problèmes de fond.

«A Vote for a President to Lead on Climate Change»: tel est ainsi le titre de l’éditorial qu’il a publié le 1er novembre sur Bloomberg View. Après que l’ouragan Sandy eut causé des dégâts considérables dans la Grosse Pomme, le soutien est donc clair. Mais pas massif, puisque Mister Mayor n’en est pas moins critique, ne cachant pas les reproches qu’il adresse à son «poulain». Lequel reconnaît d’ailleurs lui aussi ne pas être toujours d’accord avec M. Bloomberg.

Obama peut cohabiter

Le Parisien a traduit une bonne partie de ce texte passionnant: «Les présidents Bill Clinton et Ronald Reagan ont tous les deux réussi à mener leur politique alors qu’ils n’avaient pas la majorité à la Chambre des représentants. Obama peut le faire aussi. S’il écoute les gens des deux côtés et gagne la confiance des modérés, il pourra être à la hauteur de l’espoir qu’il avait inspiré il y a quatre ans et mener notre pays vers un meilleur futur. C’est pour cela que je voterai pour lui», conclut Bloomberg.

Il ajoute «qu’il aurait pu voter pour Mitt Romney à l’époque où il était gouverneur du Massachusetts mais que le candidat d’aujourd’hui était «revenu sur toutes les positions sensées» qu’il avait à l’époque sur l’immigration, les armes illégales, l’avortement et l’assurance maladie».

Mais ce sacré «Mike», que l’on sait milliardaire, a lui aussi souvent été qualifié de girouette, puisque, rappelle le Wall Street Journal, «il a été démocrate pendant une bonne partie de sa vie avant de devenir républicain lors de sa première campagne pour la mairie de New York en 2001. En 2007, il a quitté ce parti alors qu’il songeait à un éventuel destin présidentiel et est demeuré indépendant depuis.» Pour Obama, c’est «un soutien de poids», selon Euronews, mais ce n’est «pas sûr pour autant que cela contribue à faire basculer la tendance en faveur du locataire de la Maison-Blanche qui s’est dit «honoré» du soutien du maire de New York».

«Le plus influent»

Quoi qu’il en soit, le très respecté «Mike» en rajoute une couche sur son compte Twitter, où il écrit: «This November, vote for a president who will lead on climate change.» Tout en renvoyant à son site internet personnel, sur lequel est publié le même texte d’intention. «Bien que New York ne soit pas un swing state, explique dans la foulée le Financial Times, Bloomberg est le politicien indépendant le plus influent» du pays. Ce n’est donc pas rien, d’autant qu’il y a des cas similaires parmi les républicains modérés, indique encore le quotidien de la finance. A commencer par Scott Van Duzer, le pizzaïolo républicain qui avait «fait le buzz» au mois de septembre en soulevant affectueusement le candidat Obama. Il voetar évidemment pour lui et le revendique haut et fort.

Vous vous rappelez ainsi de Chris Christie? demande Slate.fr. L’imposant «gouverneur républicain du New Jersey était arrivé en tête d’un sondage en août sur les préférences des électeurs du New Hampshire pour leurs candidats à la présidentielle de 2016. Côté démocrate, 55% des sondés préféraient voir Hillary Clinton comme candidate démocrate, et, côté républicain, Chris Christie arrivait en tête avec, plus modestement, 24%.»

Un président «remarquable»

Lui aussi, donc, «avec le passage de la tempête Sandy, s’est profilé comme «un gouverneur responsable qui ne cherche qu’à venir en aide à son Etat le plus rapidement possible, et qui salue… le travail du démocrate Barack Obama dans cet effort. Notamment sur son compte Twitter, où il écrit – c’est quasi stupéfiant: «President Obama then said if I needed anything to call him directly. I appreciated that leadership and I will if/when we do.»

Il a également donné plusieurs interviews télévisées, où il a affirmé qu’Obama avait été «remarquable» et avait «énormément» aidé, assurant par exemple à Fox News: «J’ai eu le président trois fois au téléphone dans les dernières vingt-quatre heures. Il a été très attentif et il m’a obtenu tout ce que j’ai demandé. Donc je remercie publiquement le président pour ça. Il a fait – en ce qui me concerne – du très bon boulot pour le New Jersey.»

«Christie déteste Romney»

Qu’est-ce qui se cache derrière ce soutien inattendu? Pour le Daily Beast, il y a trois explications possibles: «Christie sait qu’Obama va gagner son Etat sans problème. Christie déteste Romney. Et Christie veut que Romney perde pour tenter sa chance en 2016, ou au moins n’en perdrait pas le sommeil si c’est ce qui se passait la semaine prochaine. Les compliments de Christie sur Obama sont d’autant plus marquants que, jusque-là, il faisait partie de ses plus durs critiques.»

Un décryptage? C’est Libération qui s’en charge pour nous dans «Le ciel s’éclaircit pour Barack Obama»: «Sandy a permis à Obama de stopper l’élan de Romney, reconnaît le stratège républicain Chris Wilson. Obama a pu soudain apparaître présidentiel et profiter de l’avantage du poste. Dans les ruines de Sandy, le président a surtout su gagner les louanges inattendues du […] très populiste Chris Christie. Avant le cyclone, le gouverneur du New Jersey faisait campagne pour Mitt Romney et décrivait un Obama «errant à l’aveuglette dans la Maison-Blanche». Après le passage de Sandy, qui a particulièrement ravagé son Etat, le même Chris Christie a jugé la réponse d’Obama remarquable.»

Renvoi d’ascenseur

Et le quotidien français d’ajouter que, «en retour, Christie a invité Obama à venir inspecter les dégâts avec lui [mercredi]: une belle occasion pour le chef de l’Etat de se montrer sur le terrain en «rassembleur», au côté d’un gouverneur républicain populaire. A quelques jours de la présidentielle du 6 novembre, ce «cadeau» de Christie à Obama n’est pas sans choquer beaucoup de républicains. […] Par contraste, le maire de New York, l’indépendant Michael Bloomberg, qui avait été aussi approché par la Maison-Blanche pour organiser une visite avec Obama, a préféré décliner. «Nous serions ravis qu’il vienne, mais nous avons beaucoup de choses à faire», a expliqué Bloomberg.»