«L’audience est levée. Le verdict sera rendu à une date qui reste à déterminer», a indiqué la cour sur un microblog chinois. Bo Xilai était jugé depuis jeudi pour corruption, détournement de fonds et abus de pouvoir devant un tribunal de Jinan, ville située dans l’est de la Chine.

Les autorités ont étroitement contrôlé de bout en bout ce procès qui s’achèvera, de l’avis des experts, par l’annonce d’un verdict de culpabilité déjà décidé par la direction communiste. L’accusé, qui encourt la sentence capitale, devrait selon eux être condamné à une longue peine de réclusion.

Des faits «extrêmement graves»

Les infractions reprochées au dirigeant déchu chinois Bo Xilai sont «extrêmement graves», a affirmé lundi le procureur. Celui-ci s’est exprimé au cinquième jour du procès de l’ancien haut responsable politique.

«Il plaide non coupable des charges à son encontre et aucune circonstance atténuante ne permet d’envisager pour lui une peine allégée», a déclaré le procureur, selon une transcription des débats diffusée par le tribunal de Jinan, ville de l’est de la Chine. Dans la procédure pénale chinoise, un tel type d’annonce laisse augurer d’une lourde peine.

«Au cours des 30 dernières années, je n’étais rien d’autre qu’une machine à travailler. Si j’avais dû m’occuper de billets d’avions, de notes d’hôtel ou de remboursements de voyages, comment aurais-je trouvé le temps (de remplir mes fonctions)?», s’est-il défendu.

Bo Xilai a démenti de bout en bout avoir reçu l’équivalent de 2,67 millions d’euros en pots-de-vin, incluant une villa à Cannes, en France. Il a en revanche admis des «erreurs» dans un détournement de cinq millions de yuans (612 000 euros) de fonds publics au profit de Gu Kailai ainsi que dans la gestion des suites de l’assassinat par son épouse de l’homme d’affaires britannique Neil Heywood, qui avait précipité sa chute début 2012.

Supervision pointilleuse des autorités

La transcription des propos du procureur, diffusée une première fois sur le microblog du tribunal, a été supprimée quelques minutes plus tard. Dans une version modifiée, rendue publique ensuite, un paragraphe a été supprimé. Celui-ci évoquait des affirmations de Bo Xilai mettant en cause ses supérieurs des autorités centrales.

Ce passage concernait la publication en février 2012 d’un faux certificat justifiant la mise en «congé pour traitement médical» de l’ex-bras droit de Bo Xilai, le chef policier Wang Lijun. Ce dernier, tombé en disgrâce, venait de tenter de se réfugier dans un consulat américain, où il a révélé un crime et d’autres méfaits commis à Chongqing, la métropole que dirigeait alors Bo Xilai. La mise en congé pour surmenage est un argument dont le pouvoir communiste s’est déjà servi pour effectuer des purges.

La passion de son ex-bras droit pour sa femme

Bo Xilai a révélé lundi que Wang Lijun était dévoré de passion pour sa femme, Gu Kailai. C’est même cet amour impossible qui aurait poussé, selon lui, Wang Lijun à déclencher le plus retentissant scandale en Chine depuis des décennies, a-t-il affirmé. Wang Lijun aurait confessé s’être un jour giflé à huit reprises, une autoflagellation s’expliquant par l’impossibilité de vivre ses sentiments pour l’épouse de son patron. La relation entre Gu Kailai et Wang Lijun tenait du «psychodrame», a également commenté le président déchu chinois. «Mon épouse a même rapporté des chaussures de Wang Lijun à notre domicile.»

Ces révélations vont sans nul doute faire jaser les millions de Chinois qui se délectent des détails intimes générés par les débats. Ce procès «a davantage de portée mélodramatique que toutes les séries télévisées que j’ai pu regarder», a souligné un internaute. «En écoutant la défense de Bo, le juge a dû sortir de sous la table le pop-corn et le Coca-cola» comme dans une salle de cinéma, a raillé un autre internaute.

«Mes caleçons ont un demi-siècle»

Désireux de contrer ceux qui l’accusent d’avoir profité de pots-de-vin pour mener une vie dorée, le dirigeant déchu chinois Bo Xilai a assuré lundi qu’il portait les mêmes caleçons longs depuis les années 1960.

«Personnellement, je n’attache aucune importance à mon apparence vestimentaire. Les caleçons longs que je porte actuellement m’ont été offerts par ma mère dans les années 1960», a confié celui que l’on a longtemps considéré comme l’une des étoiles politiques montantes du pays. «Je vous affirme que le costume que je porte, ainsi que ceux de ma garde-robe, ont tous été confectionnés par un petit atelier du district de Xinjin de Dalian», a ajouté Bo Xilai en évoquant la ville qu’il a dirigée dans les années 2000.

Le scandale autour de Bo Xilai et son procès ont jeté une lumière crue sur les mœurs d’une nomenklatura communiste profitant de luxueuses villas, de voyages en jets privés ou de safaris en Afrique.