chine

Bo Xilai, la chute d’un néomaoïste flamboyant

Le secrétaire du Parti communiste de Chongqing a été limogé par le Comité central

Le style de Bo Xilai ne ressemblait à celui d’aucun autre politicien chinois. Ambitieux, éloquent et séducteur, le secrétaire du Parti communiste de Chongqing voulait diriger la Chine. Il est tombé jeudi en plein vol, limogé par le Comité central du PC. Bo Xilai, âgé de 62 ans, s’était pourtant profilé comme un sérieux prétendant pour un poste au sein du comité permanent du Politburo, l’organe suprême du pouvoir chinois dont sept sièges sur neuf doivent être renouvelés cet automne.

«Textos rouges»

Ancien ministre du Commerce, il est placé en 2007 à la tête de la tentaculaire Chongqing, agglomération de près de 30 millions d’habitants en pleine expansion. Sa spectaculaire campagne contre la mafia locale, qui conduit à l’arrestation de plus de 3000 personnes, dont l’ancien chef de la police de Chongqing, exécuté depuis, le rend populaire bien au-delà des frontières de sa province. Au point que ses méthodes sont érigées en exemple national, dans une Chine où la corruption s’étend comme un fléau.

Parallèlement, Bo Xilai rescucite les fantômes de l’ère Mao Zedong, présentée comme une époque pure et dénuée de corruption. Il remet au goût du jour la pratique des chants populaires et bombarde la population de citations du Grand Timonier, des «textos rouges» à la gloire des pères fondateurs de la nation.

Il joue aussi de son aura de «fils de prince», en tant que fils du vétéran du Parti communiste chinois Bo Yibo, rescapé de la révolution culturelle. Ses discours nationalistes en faveur d’un Etat autoritaire et d’une croissance équilibrée font de lui l’artisan d’un populisme à la chinoise. «C’est un idéologue, un homme brillant, alors que les autres politiciens ne sont que des bureaucrates. Il est prétentieux et suscite des jalousies, c’est ce qui a signé sa défaite», estime Jean-Luc Domenach, directeur de recherche à Science Po Paris. Le prodige de la politique s’est fait des ennemis, en particulier dans le camp du «modèle du Guang­dong», la province la plus riche du pays dont le secrétaire du Parti, Wang Yang, qui vise lui aussi comité permanent du Politburo, veut favoriser de nouvelles réformes économiques basées sur l’Etat de droit.

Mafia

Le «modèle de Chongqing» se fissure quand plusieurs avocats commencent à dénoncer les dérapages de la politique anti-mafia menée par Bo Xilai, accusé d’avoir fait emprisonner des entrepreneurs locaux – dont plusieurs ont été condamnés à mort – sur la base d’aveux recueillis sous la torture. Il est soupçonné de servir ses ambitions personnelles et de remplacer une mafia par une autre, la sienne. Son ancien bras droit, le chef de la police, Wang Lijun, suspecté de corruption, l’a entraîné dans sa chute en février dernier, lorsqu’il tente de quitter de son poste de chef de la police. Il fuit Chongqing pour se réfugier au consulat américain de la ville voisine de Chengdu, où il aurait tenté de demander l’asile politique avant d’être emmené par les autorités de la sécurité d’Etat.

Mardi dernier, à l’issue de la session parlementaire annuelle, le premier ministre Wen Jiabao a exhorté les dirigeants locaux à «tirer les leçons» de cet événement, en signe de désaveu public.

L’éviction laisse entrevoir les luttes de pouvoir au sein du PCC, alors qu’approche le 18e congrès qui désignera les dirigeants de la Chine pour les dix prochaines années. «La bataille entre réformistes et conservateurs ne fait que commencer», affirme Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’université Baptiste de Hongkong. Bo Xilai sera remplacé par le vice-premier ministre Zhang Dejiang, un économiste formé à Pyongyang, en Corée du Nord.

Publicité