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Bob Woodward face à l'animateur Stephen Colbert dans l'émission «The Late Show».
© CBS Photo Archive

Révélations

Bob Woodward défend son livre explosif bec et ongles

La maison Trump vacille, mais pas le journaliste d’investigation qui a fait tomber Richard Nixon

Depuis la publication de son livre Fear: Trump in the White House, déjà tiré à un million d’exemplaires, Bob Woodward enchaîne les plateaux de télévision. Attaqué par Donald Trump («une escroquerie», «une plaisanterie»), critiqué par deux anciens conseillers du président, Gary Cohn et Rob Porter, et assailli par une pluie de démentis, le journaliste d’investigation de 75 ans ne dévie pas de sa ligne: la Maison-Blanche est un foyer d’intrigues et de trahisons en plein chaos, avec un président paranoïaque que son entourage tente de maîtriser pour éviter de graves dérapages. Il le répète avec calme, avec sa diction lente si caractéristique, pendant que ses détracteurs se lâchent, nerveux et agités.

Neuf livres consacrés aux présidents

C’est ça la méthode Woodward: enquêter inlassablement, garder précieusement des centaines d’heures d’enregistrements, multiplier les sources pour s’assurer du bon déroulé des événements qu’il décrit, et dévoiler, révéler. En restant impassible. Sa réputation n’est plus à refaire. Brillant journaliste d’investigation et homme intègre, c’est lui, avec son collègue Carl Bernstein, qui a révélé le scandale du Watergate et fait tomber Richard Nixon en 1974. Auteur de 19 ouvrages dont neuf consacrés à des présidents américains, le journaliste engagé en 1971 au Washington Post s’est aussi intéressé de près au fonctionnement de la CIA ou de la Cour suprême.

Contrairement au livre Fire and Fury du controversé Michael Wolff et à d’autres brûlots sur la présidence Trump, le sien apparaît dès lors, en raison de son pedigree, comme solide. Certains passages suscitent toutefois un petit malaise: comment Woodward peut-il, en publiant des dialogues entiers, attribuer des citations exactes à Donald Trump, dans un contexte où chaque mot compte, alors que le président n’a à aucun moment accepté de lui parler?

«Trade is bad»

Très vite, Gary Cohn est sorti du bois. C’est lui qui «ouvre» l’ouvrage de Woodward avec cette scène hallucinante dévoilant comment il a subtilisé des documents sur le bureau de Trump, pour éviter qu’il les signe. Dont une lettre qui devait confirmer le retrait des Etats-Unis d’un accord commercial avec la Corée du Sud, publiée dans le livre. L’ex-conseiller économique de Trump, un démocrate qui a démissionné en avril, est dépeint comme tentant désespérément de pallier l’inculture économique du président. Il lui donne des cours comme on le ferait à un ado. Là aussi, Woodward publie trois mots griffonnés par le président, qui résument sa vision des accords commerciaux: «Trade is bad».

Gary Cohn s’est lancé dans un curieux démenti, sur le site Axios. Il dénonce l’atmosphère de zizanie décrite par Woodward, sans pour autant démentir les passages qui le concernent, révélateurs de cette présidence longtemps minée par une guerre des clans, où des aides tentent de contrôler un président versatile et hystérique. «Je suis fier d’avoir servi le gouvernement Trump et je continue de soutenir le président et son programme», écrit Gary Cohn.

«Tuons-le bordel!»

Rob Porter, un autre conseiller, qui a dû quitter la Maison-Blanche par la petite porte – il a été rattrapé par des accusations de violences conjugales –, parle de «portrait trompeur». Dès les premiers extraits publiés dans le Washington Post, Jim Mattis, le ministre de la Défense, a lui aussi démenti les «mots méprisants» qui lui sont attribués. Il aurait notamment dit de Trump qu’il avait la mentalité d’un enfant. C’est à lui que le président aurait déclaré que son homologue syrien devait être tué («Tuons-le bordel! Allons-y! On leur rentre dedans et on les bute»).

L’auteur de Fear s’attendait à cette pluie de démentis et d’attaques. Son livre sort alors que la tribune anonyme d’un haut responsable de l’administration publiée dans le New York Times provoque une furieuse chasse à la taupe. Sur NBC, Bob Woodward n’hésite pas, avec son calme habituel, à déclarer que Jim Mattis et le secrétaire général John Kelly «ne disent pas la vérité»: leurs démentis révèlent la crainte de perdre leur poste. Il l’a aussi insinué dans le Late Show de Stephen Colbert, sur CBC.

La peau épaisse

La signature de Bob Woodward est de rester très factuel. En mars, il rappelait à Vox que son but est de «rapporter exactement ce que les gens ont fait, ce que cela signifie, ce qui les motive et qui ils sont», pas de porter un jugement. La «machine à démentir de Washington» ne l’impressionne pas, lui qui a dû avoir la peau très épaisse lors du scandale du Watergate. Des sources l’avaient d’ailleurs clairement prévenu qu’elles seraient obligées de démentir leur propos si elles apparaissaient dans Fear. Bob Woodward n’entre par contre pas en matière sur la «santé mentale» du président. D’autres le font à sa place.

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