France

A Bobigny, la République prudente face à Jean-Luc Mélenchon

Trois mois de prison avec sursis: la peine requise par le procureur contre Jean-Luc Mélenchon, qui avait résisté à une perquisition, ressemble à un match nul

Un duel oratoire devant les juges. Des protestations de militants sur le parvis du tribunal de Bobigny. Deux jours de politique-spectacle à l’issue desquels Jean-Luc Mélenchon, le leader de La France insoumise, et ses accusateurs (policiers et juges) se sont finalement séparés sur une sorte de match nul.

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Le député de Marseille, qui a tout fait pour présenter sa convocation devant le tribunal correctionnel, jeudi et vendredi, comme un procès politique, encourt toujours, selon la loi, une peine d’inéligibilité pour «actes d’intimidation envers un magistrat et un dépositaire de l’autorité publique, rébellion et provocation». Le procureur, lui, a en revanche joué la prudence: 3 mois de prison avec sursis contre l’ancien candidat à la présidentielle de 2017 (19,5% des voix) et des amendes allant de 2000 à 10 000 euros pour ses cinq proches également poursuivis, dont le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière.

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«Prenez de la camomille, maître!»

Le résumé de ces deux journées, entrecoupées par les projections des images de la fameuse tentative de perquisition d’octobre 2018 obtenues (et déjà diffusées) par l’émission Quotidien, tient en une formule: celle lancée par Jean-Luc Mélenchon à l’avocat des policiers qui l’accusent de les avoir molestés, Me Eric Dupond-Moretti.

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Ce dernier venait de demander à l’élu «d’arrêter son cirque» après avoir rappelé que «des gamins qui parlent comme cela aux forces de l’ordre sont poursuivis pour outrage». Le ton était monté. Et le tribun Mélenchon a taclé: «Prenez de la camomille, maître!» Un échange aussitôt devenu culte sur les réseaux sociaux…La réalité? Rien de neuf n’a été révélé, au fil des deux journées d’audience, sur les raisons de la colère de Jean-Luc Mélenchon, réveillé le 18 octobre 2018 «à 7h du matin» par une escouade de policiers accompagnant un procureur, désireux de perquisitionner les locaux du parti dans le cadre de deux affaires en cours: de possibles fautes dans les comptes de campagne de la présidentielle et les soupçons d’emplois fictifs d’assistants parlementaires européens par La France insoumise.

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Seul motif de colère valable, soulevé par l’avocat de l’ancien candidat à l’Elysée? Sa supposée volonté de protéger le listing des adhérents et donateurs de sa formation. De quoi justifier a posteriori la thèse d’une obstruction mélenchoniste instrumentalisée, pour apparaître comme victime du pouvoir en place.

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Loin de la sévérité ordinaire

Au final: un jugement mis en délibéré qui sera rendu le 9 décembre. Une peine d’inéligibilité a priori écartée pour éviter que, à l’Assemblée nationale et devant ses électeurs, le député Mélenchon – qui a décidé de ne pas faire jouer son immunité parlementaire – ne prenne encore plus pour cibles magistrats et policiers. Et une prudence judiciaire bien éloignée de la sévérité ordinaire des juges envers tous ceux qui, en France, résistent aux forces de l’ordre.

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