Colombie

Bogota et les FARC ouvrent le dialogue

Les pourparlers entre le gouvernement colombien et la guérilla des FARC débutent officiellement jeudi à Oslo. En Colombie, des secteurs de la société civile craignent d’être oubliés dans les tractations

Magdalena Rivas regardera d’un œil circonspect, ce jeudi matin à la télévision, le lancement officiel des négociations de paix. Les délégations du pouvoir colombien et de la guérilla d’extrême gauche des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) entameront près d’Oslo, en Norvège, des discussions qui pourraient, selon le président libéral Juan Manuel Santos, aboutir «dans quelques mois» à la fin d’un conflit vieux d’un demi-siècle. Magdalena Rivas, mère d’un policier abattu l’an dernier par la guérilla après quatorze années de captivité dans la jungle, ne compte plus retrouver son fils; mais elle ne voudrait pas aujourd’hui faire partie des «oubliés de la guerre».

Dans le pays, publiquement, tout le monde ou presque applaudit l’effort de paix: partis de gauche et de droite, syndicat et patronat, évêques, stars du foot et de la chanson… Seul le populaire ex-président à poigne Alvaro Uribe (2002-2010), appuyé par une élite conservatrice, continue de dénoncer une «négociation avec le terrorisme». Sans effet: selon un sondage, 77% des Colombiens sont favorables au processus de paix.

Le président Santos a donné des gages à une opinion douchée par l’échec des derniers pourparlers, entre 1999 et 2002. Les FARC avaient alors profité d’un territoire vaste comme la Suisse, cédé par le pouvoir, pour se renforcer. Cette fois-ci, les discussions se tiendront à l’étranger, en Norvège puis à Cuba, et l’offensive militaire continuera «sur tout le territoire national», comme prend soin de le répéter le ministre de la Défense.

«Justice de transition»

Mais les négociateurs du gouvernement marchent sur des œufs face à une majorité dressée contre la guérilla – son chef, Timochenko, n’aurait que 9% d’opinion favorable au sein de la population urbaine. Près de trois Colombiens sur quatre veulent par exemple que les commandants des FARC purgent une peine de prison et s’opposent à ce qu’ils participent à la vie politique du pays. Des conditions difficiles à faire avaler aux rebelles.

Magdalena Rivas, la mère de l’ex-captif policier, craint surtout que la paix se négocie exclusivement entre combattants, et que les victimes civiles soient flouées dans les discussions. Une démobilisation de paramilitaires anti-guérilla, aboutie en 2006, prévoyait ainsi une phase de réparations en faveur des victimes qui piétine encore. «Nous voudrions être entendus, mais où et comment?» proteste-t-elle, alors qu’aucun canal formel n’a encore été prévu avec la société civile.

Pour prévenir de nouveaux ratés, l’association Pais Libre a organisé dimanche, sur la place centrale de Bogota, la collecte de 380 plaintes contre les FARC, souvent pour enlèvement, dans des affaires non résolues depuis parfois quinze ans. «Nous appuyons le processus de paix, mais il serait nécessaire que les guérilleros reconnaissent publiquement tout ce qu’ils ont fait et se soumettent au moins à une forme de justice de transition», insiste Clara Rojas, directrice de l’organisation.

Les victimes de tous bords, des FARC mais aussi de l’Etat et des milices paramilitaires anti-guérilla, exigent aussi d’intervenir à Cuba au-delà des thèmes de vérité et réparation. «Nous ne pourrons pas sortir du conflit sans toucher à la structure de la propriété rurale», illustre Ivan Cepeda, dont le mouvement réunit des victimes de crimes d’Etat. De 3 à 5 millions de personnes ont été chassées des campagnes par le conflit. Le sort de beaucoup d’entre elles, réduites à la survie en périphérie urbaine, ne changera guère si les discussions se réduisent à une simple démobilisation des FARC.

Publicité