Europe

La «Boïkomania» déferle sur la Bulgarie

Cette année, la célébration de l’anniversaire du premier ministre Boïko Borissov a atteint des proportions inédites

Ce n’est pas un jour férié, ou du moins pas encore. Et pourtant, le 13 juin n’est plus vraiment une journée comme les autres en Bulgarie depuis que le pays est dirigé par un certain Boïko Borissov, né à cette date (en 1959). Ainsi, tous les ans, c’est un véritable raz de marée de vœux qui déferle dans les médias et les réseaux sociaux pour célébrer l’anniversaire de celui que les Bulgares appellent affectueusement «le Général», en souvenir de ses années passées à diriger la police nationale. Cette année, cette ferveur populaire semble avoir atteint des sommets inédits, certains s’inquiétant même du retour du «culte de la personnalité» dans un pays encore très marqué par son passé totalitaire. «C’est à faire pâlir Todor Jivkov!», a commenté l’ancien ministre des Affaires étrangères, Solomon Passy, en référence à l’inoxydable leader du PC bulgare.

Il était un peu plus de minuit, lundi 13 juin, lorsque la fête avait déjà commencé sur la Toile. Les internautes ont publié des milliers de cartes de vœux et des collages, souvent de leur propre fabrication. On y découvrait le premier ministre Boïko Borissov en uniforme d’apparat du Ministère de l’intérieur, faisant du sport ou encore enfant, sur des clichés en noir et blanc. «Joyeux anniversaire Mister Premier», s’exclamait ainsi l’une de ses fans en ajoutant que les Bulgares avaient plus que jamais besoin «du cœur en or du Général».

On a pu lire ensuite dans les principaux journaux du pays de véritables panégyriques vantant les mérites autant du politique que du «grand sportif» Borissov. Le chef du gouvernement bulgare, qui est ceinture noire de karaté, passe encore beaucoup de temps à soulever des poids ou à taper dans le ballon. C’est d’ailleurs du monde sportif qu’est venue la carte de vœux la plus spectaculaire, quelque 80 membres d’un club d’amateurs de sports extrêmes ayant formé avec leur corps un message filmé à 2000 mètres d’altitude.

Et puis, il y a eu ces poèmes. Deux, rédigés d’une plume de feu par une certaine Marie Higels, se présentant comme une institutrice à la retraite – et qui n’en est pas à ses premières œuvres dédiées au «Général». «Un sauveur suprême tant attendu, issu du formidable gène bulgare/Nous mène vers de jours radieux…», écrit-elle.

Comment expliquer cette «Boïkomania» qui déferle tous les ans sur la Bulgarie? Pour les politologues, la popularité du premier ministre est réelle: tous le décrivent comme un «formidable animal politique», aimé par le «petit peuple» auquel il ressemble tant. L’intéressé ne dit pas autre chose. Sa phrase, prononcée un jour de 2012 devant des mineurs en grève est restée dans toutes les têtes: «Vous n’êtes pas très futés. Moi c’est pareil. Donc, on est faits pour s’entendre», avait-il dit.

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