Alors que les résultats de l'élection présidentielle bolivienne devaient se faire attendre, un premier sondage à la sortie des urnes vient d'être diffusé par la chaîne privée Unitel. Selon lui, Luis Arce, le dauphin d'Evo Morales, remporterait la présidentielle dès le premier tour avec 52,4% des voix. L'ancien ministre de l'Economie devance de plus de 20 points son principal rival, le centriste Carlos Mesa (31,5% des voix). La Bolivie «a renoué avec la démocratie», a déclaré Luis Arce.

Un peu plus tôt, la présidente par intérim, Jeanine Añez, avait demandé aux électeurs de faire preuve de «patience» face à la lenteur des résultats du scrutin présidentiel de dimanche, et «ne pas provoquer de violences». «Je vous assure que nous allons avoir des résultats crédibles», a déclaré la présidente intérimaire dans une allocution télévisée. En effet, le tribunal électoral a annoncé ne pas utiliser un décompte rapide permettant d'avoir des résultats préliminaires, afin d'éviter les tensions.

Le gouvernement intérimaire a indiqué en fin d'après-midi que le scrutin s'était déroulé paisiblement, mis à part quelques incidents isolés. «La journée s'est déroulée dans la tranquillité dans tout le pays jusqu'à maintenant», a indiqué dans un communiqué le vice-ministre à la Sécurité, Wilson Santamaria.

Lire aussi: La piste d’un «scénario serbe» en Bolivie

Une décision qui interroge les candidats

Pour la première fois depuis 20 ans, l'emblématique dirigeant de la gauche sud-américaine Evo Morales, au pouvoir de 2006 à 2019, n'est pas candidat à la présidence. Son ancien ministre de l'Economie Luis Arce, candidat du Mouvement vers le socialisme (MAS), et son principal rival, l'ex-président centriste Carlos Mesa, 67 ans, sont les favoris parmi six candidats. Tous les deux avaient fait part de leurs interrogations sur la décision du tribunal suprême. Cette suspension de dernière minute «n'est pas très judicieuse» car «cela pourrait générer des doutes» sur les résultats, a estimé Luis Arce, au moment de voter.

«Ce n'est pas idéal, mais nous comprenons que (le tribunal électoral) a choisi cette voie pour garantir la sûreté absolue du vote et surtout le décompte officiel» des voix, a réagi Carlos Mesa.

Evo Morales appelle au respect des résultats

Quelque 7,3 millions de Boliviens sont appelés à élire leur président, mais aussi leur vice-président, et à renouveler l'ensemble du Parlement, actuellement dominé par le MAS. Ce scrutin mettra fin au gouvernement intérimaire dirigé par la conservatrice Jeanine Áñez. Elle a retiré sa candidature face aux fortes critiques sur sa gestion de la pandémie, qui a fait plus de 8400 morts dans ce pays de 11 millions d'habitants.

Lire encore: La présidente par intérim bolivienne renonce à être candidate pour la présidentielle

Pour assurer la transparence du scrutin, la composition du tribunal électoral a été renouvelée. Des observateurs ont été dépêchés par l'Organisation des Etats américains (OEA), l'Union européenne (UE), l'Union des organisations électorales d'Amérique (UNIORE) et la Fondation Carter.

L'UE, qui a félicité dans un communiqué les Boliviens pour le scrutin «pacifique» de dimanche, leur a également demandé d'attendre les résultats «en évitant toute provocation ou action violente qui mettrait en péril ou tenterait de fausser le processus électoral actuel».

Depuis l'Argentine où il est réfugié, Evo Morales, qui ne pouvait pas se représenter, a lui-même lancé dimanche un appel pour que «le résultat des élections soit respecté par tous». «Il est très important que tous les Boliviens et tous les partis politiques attendent calmement que chaque vote (...) soit pris en compte», a déclaré Evo Morales.

Une répétition des violences crainte par la population

La Constitution déclare vainqueur au premier tour le candidat qui obtient la majorité absolue ou 40 % des voix avec un avantage de 10 points sur le second. Sinon un second tour a lieu.

En 2019, le dépouillement avait été suspendu pendant plus de vingt heures. A sa reprise, Evo Morales avait été déclaré vainqueur dès le premier tour. Quelques jours plus tard, l'OEA avait dénoncé des manipulations du scrutin. Partisans et détracteurs du MAS s'étaient mobilisés dans les rues de plusieurs villes du pays, avec des affrontements violents. Lâché par la police et l'armée, Evo Morales avait finalement démissionné, avant de fuir au Mexique puis en Argentine.

Pour poursuivre la lecture: Le départ d’Evo Morales crée un vide de pouvoir

De nombreux Boliviens craignent une répétition des violences qui avaient fait 36 morts l'an dernier. Ils se sont rués ces derniers jours dans les commerces pour s'approvisionner en nourriture, gaz et essence.