Après le second tour des élections municipales, dimanche 29 novembre, la bataille pour la présidentielle de 2022 est ouverte. Et le chef de l’Etat, Jair Bolsonaro, déjà isolé par la défaite de son modèle, Donald Trump, arrive fragilisé à mi-mandat.

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L'économie, un facteur décisif 

Grand perdant du scrutin, le leader d’extrême droite n’a réussi à faire élire que 4 de ses 16 candidats. A São Paulo, plus grande ville du pays (12 millions d’habitants), le postulant bolsonariste n’a pas même passé le premier tour. A Rio, son fief politique, le prestige que conserve encore Jair Bolsonaro n’a pas suffi à garantir un second mandat à son allié, l’actuel maire et pasteur évangélique Marcelo Crivella, battu à plate couture en ballottage par le candidat de centre droit Eduardo Paes.

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Au Brésil, les municipales n’ont pas vraiment valeur de test pour le gouvernement. Leur issue ne saurait donc préjuger des chances de réélection de Jair Bolsonaro, qui dépendront largement de la situation économique. Cependant, les urnes en disent long sur l’humeur de l’électorat. Et, à en croire les observateurs, la vague antisystème sur laquelle avait surfé l’outsider Bolsonaro, pour se faire élire en 2018, s’est essoufflée, comme le montre sa perte de popularité dans les principales capitales d’Etat.

Les concurrents se profilent

A l’échelle du pays, cependant, l’ancien capitaine d’artillerie reste populaire. Mais il a fait l’erreur de ne pas se doter d’un parti pour fédérer son camp politique, la droite dure, dont les voix se sont donc dispersées. Pour minimiser le dommage, Bolsonaro rappelle qu’il s’est peu engagé dans la campagne. Il est vrai également que ce sont ses alliés de la droite traditionnelle qui ont raflé la mise dans le scrutin. «Mais ces partis ne lui sont pas forcément acquis et pourraient soutenir un autre candidat que lui dans deux ans», observe le politologue Claudio Gonçalves Couto, de la Fondation Getúlio-Vargas. Par exemple João Doria (droite), gouverneur du puissant Etat de São Paulo et principal adversaire du président, qui a réussi, lui, à faire élire son candidat, Bruno Covas, à São Paulo, la capitale économique.

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Autre grand perdant du scrutin: le Parti des travailleurs (PT), qui avait gouverné le pays entre 2003 et 2016, avec Lula, figure tutélaire de la gauche brésilienne, puis sa dauphine Dilma Rousseff. Toujours incapable d’autocritique, après avoir été mise en cause pour corruption, la principale formation du pays a encore approfondi ses pertes d’il y a quatre ans, passant de 256 à 183 mairies, et aucune dans une capitale d’Etat, une première depuis la fin de la dictature en 1985.

Ce piètre score pose la question de savoir si le PT, qui a présenté un candidat à chaque présidentielle depuis le retour au suffrage universel en 1988, sera en mesure de représenter l’opposition de gauche face à Bolsonaro dans deux ans. La concurrence pointe. A São Paulo, la ville de sa fondation, ce n’est pas le candidat du PT mais le leader des sans-logis Guilherme Boulos qui a disputé le ballottage, recueillant 40% des suffrages exprimés. Le charismatique Boulos, 38 ans, n’a certes pas réussi à transformer l’essai mais il s’impose comme une figure nationale et nouveau visage de la gauche. L’après-Lula a peut-être commencé.