Le président d’extrême droite a voulu faire de la fête nationale du 7-Septembre une démonstration de force en appelant «des foules gigantesques» à lui apporter leur soutien en pleine crise institutionnelle.

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Engagé dans un bras de fer avec la Cour suprême qui a ouvert plusieurs enquêtes contre lui, le président d’extrême droite, aux abois et donné perdant à l’élection de 2022, jouait son va-tout mardi.

Bolsonaro en hélicoptère 

C’est à Brasilia, quadrillée par plus de 5000 policiers, qu’a commencé cette fête de l’Indépendance atypique. Bolsonaro a survolé en hélicoptère l’immense esplanade des Ministères avant de haranguer la foule importante qui l’a accueilli aux cris de «Mito, Mito!» («le Mythe», son surnom).

«À partir d’aujourd’hui, une nouvelle histoire commence à être écrite au Brésil, a-t-il lancé sous les ovations. Nous ne voulons pas de rupture. Nous ne voulons pas nous battre avec les autres pouvoirs. Mais nous ne pouvons pas permettre que quiconque mette en péril notre liberté.»

Des cortèges de bolsonaristes et d’anti-Bolsonaro

La journée était sous tension alors que l’opposition manifestait elle aussi. Elle réclame le départ d’un président accusé de menacer la démocratie, d’avoir géré pitoyablement la crise du Covid, de même que l’économie avec un chômage quasi record et une inflation préoccupante.

Mais les cortèges de bolsonaristes et d’anti-Bolsonaro – faiblement mobilisés en matinée – ne devraient pas se croiser pour écarter les risques de violences. En tout cas théoriquement.

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Dans la nuit de lundi à mardi, des centaines de bolsonaristes, à bord de camions, ont brisé des barrières et pénétré dans l’avenue menant au Congrès et à la Cour suprême (STF), qui avait été fermée à la circulation par mesure de sécurité.

«On vient d’entrer! La police n’a pas pu arrêter le peuple! Et demain nous allons envahir le STF!», avait crié l’un d’eux, s’inspirant visiblement de l’invasion spectaculaire du Capitole aux Etats-Unis par des soutiens de l’ex-président Donald Trump, en janvier dernier.

En crise institutionnelle

De nombreux manifestants portaient des pancartes exigeant la destitution des juges de la Cour suprême. L’une d’elles réclamait: «intervention militaire avec Bolsonaro à Brasilia».

«Je suis venu pour défendre notre liberté et libérer le pays de cette bande immonde de politiciens corrompus de la Cour suprême qui veulent nous la retirer», a déclaré à l’AFP à Brasilia Marcio Souza, un agent de sécurité portant un t-shirt arborant le visage de Jair Bolsonaro.

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Vendredi dernier, Bolsonaro n’avait pas hésité à présenter cette journée de mobilisation comme un «ultimatum» pour la Cour suprême. Samedi, il a même évoqué la possibilité d’une «rupture» institutionnelle.

Un discours enflammé à Sao Paulo

Après Brasilia, où la foule de bolsonaristes s’amenuisait en mi-journée, comme à Rio de Janeiro, où les manifestants étaient massés sur la plage de Copacabana, c’est à Sao Paulo dans l’après-midi que le président devait galvaniser ses soutiens.

Les réseaux sociaux bolsonaristes ont battu sans relâche le rappel des troupes. Des centaines d’autocars de sympathisants ont convergé vers la métropole de 12 millions d’habitants.

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Jair Bolsonaro a annoncé compter sur «deux millions» de sympathisants sur l’Avenue Paulista, où il devrait prononcer un discours plus enflammé qu’à Brasilia.`

Pour le politologue Mauricio Santoro, pour juger s’il a réussi son pari, «il faudra attendre la suite de la journée, et notamment de voir comment se dérouleront les manifestations à Sao Paulo», dit-il.

Le principal cortège anti-Bolsonaro devait partir à trois kilomètres de l’avenue Paulista, au Vale do Anhangabau, en centre-ville.

Présence de policiers militaires armés

Les spécialistes en sécurité craignaient notamment la présence de policiers militaires armés lors des manifestations.

D’après un sondage publié dimanche par le quotidien O Globo, 30% de ces policiers avaient l’intention de descendre dans la rue mardi, même si le règlement leur interdit de prendre part à des manifestations politiques, y compris lors de leurs jours de congés.

Cette interdiction est «un crime» et «digne d’une dictature», avait lancé le président.

Avec 51% des Brésiliens défavorables à sa gestion, Bolsonaro n’a jamais été aussi impopulaire depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2019.

Il est largement distancé par l’ex-président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva (Lula) dans les intentions de vote pour l’élection d’octobre 2022, et même parfois battu dès le premier tour.