Pourquoi s’étonner du refus de Moscou d’accorder à la Suisse un statut de médiateur ou de représentant des intérêts ukrainiens en Russie? Lorsque Berne annonce s’aligner sur les sanctions européennes, début mars, c’est la stupeur et la colère à Moscou et dans les couloirs de la mission russe auprès des Nations unies à Genève. «Ils étaient très fâchés. La Suisse avait rompu sa neutralité. Ils croyaient qu’elle ne prendrait pas parti. Ils parlaient de trahison. Ils n’avaient rien anticipé», raconte Boris Bondarev, ex-diplomate russe en poste à Genève. Rien anticipé? Le Conseil fédéral a certes louvoyé quelques jours avant de se décider, mais pensait-on vraiment à Moscou que la Suisse resterait en marge face à l’invasion de l’Ukraine? «Bien sûr. Ils voulaient voir la Suisse aider d’une certaine façon à contourner les sanctions. Ils espéraient qu’elle resterait un havre pour le business russe, qu’il soit légal ou non.» Il ajoute: «C’était très naïf, mais cela s’est vraiment passé ainsi.» D’ailleurs toute cette guerre est «l’histoire d’un faux calcul, d’une mauvaise interprétation, d’une mauvaise compréhension du monde».