RUSSIE

Boris Eltsine aux obsèques du dernier tsar: «Nous sommes tous coupables»

Au cours d'une cérémonie aussi digne que modeste, la Russie a enterré le dernier empereur Romanov et sa famille assassinés par les bolcheviques voilà exactement quatre-vingts ans

Amidi pile, trois coups de canon ont retenti sur la forteresse Pierre-et-Paul de Saint-Pétersbourg. Début du dernier acte d'un drame qui a commencé le 17 juillet 1918 avec le meurtre de la famille impériale russe. Au cours d'une cérémonie aussi modeste que digne, leurs ossements, retrouvés il y a sept ans dans une forêt près de Iekaterinenbourg, ont finalement trouvé le repos.

«Ceux qui ont commis cet acte barbare et ceux qui l'ont justifié pendant des années sont coupables. Nous sommes tous coupables», a déclaré Boris Eltsine en ouverture de la cérémonie. En quelques mots, il a démontré combien sa présence était importante, même s'il n'était visiblement pas au mieux de sa forme. Si le chef de l'Etat avait persisté dans sa décision de ne pas y participer, ces obsèques auraient certainement perdu leur rôle de symbole. Mais dans une de ses volte-face qui lui sont coutumières, le président russe avait décidé à la dernière minute de participer aux funérailles. Il a ainsi infligé un camouflet au patriarche de l'Eglise orthodoxe russe, Alexeï II, qui le poussait à ignorer la cérémonie, pour des raisons de politique intérieure à l'Eglise. Pour les mêmes raisons, aucun haut dignitaire ecclésiastique n'a participé aux funérailles.

«Mémoire historique»

Les prières ont été dites par Boris Glebov, le prêtre de la cathédrale Pierre et Paul où les Romanov sont traditionnellement ensevelis depuis Pierre le Grand. A aucun moment les noms de Nicolas II, des autres membres de la famille impériale et de leurs serviteurs n'ont été prononcés par le prêtre, puisque officiellement l'Eglise doute toujours de l'authenticité des ossements.

La décision de Boris Eltsine d'assister aux obsèques avait aussi pris de court un grand nombre de politiciens qui adoptent une attitude identique à celle du chef du Kremlin. Seuls les hommes plus indépendants comme le dirigeant démocrate Grigori Javlinski étaient décidés à venir sans tenir compte des humeurs du président. Boris Eltsine lui-même ne voit évidemment aucun caprice dans sa décision. «Nous devons tous répondre de la mémoire historique du peuple. Pour cette raison je ne pouvais pas ne pas venir aujourd'hui», a-t-il précisé aux 200 personnes rassemblées dans la Cathédrale.

Devant eux, sur la première marche d'un podium, les cercueils des serviteurs: Evgueni Botkine, le médecin de famille, Aloïs Trupp, le valet de chambre de Nicolas II, Anna Demidova, la dame d'honneur de l'impératrice Alexandra, et Ivan Kharitonov, le cuisinier. Tous sont restés fidèles jusqu'à la mort. Sur la marche suivante, les enfants: les grandes-duchesses Olga, Tatiana et Anastasia. La grande-duchesse Maria et le tsarevitch Alexeï n'ont jamais été retrouvés. Au sommet, le couple impérial: Nicolas et Alexandra. Leurs cercueils étaient recouverts du drapeau des Romanov: l'aigle à deux têtes sur fond or. Les uns après les autres, ils ont été portés dans la chapelle Sainte-Catherine de la cathédrale pour être inhumés. Entre les officiers supérieurs qui les portaient, les cercueils de format réduit avaient quelque chose de poignant. Dix-neuf coups de canon ont tonné quand le dernier cercueil a été descendu dans la tombe. Si le tsar n'avait pas abdiqué le 2 mars 1917, c'est 21 coups de canon qui auraient marqué la fin de sa tragique histoire.

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