Officiellement, la situation n’était pas trop inquiétante jusqu'à lundi soir. Boris Johnson n’était à l’hôpital depuis dimanche que par «précaution» pour une batterie d’examens médicaux. La première nuit qu’il y a passée était «confortable». L’évidence est pourtant là: onze jours après avoir été testé positif au Covid-19, et donc plus de deux semaines après l’avoir contracté, l’état du premier ministre britannique ne s’améliorait pas. La fièvre ne retombait pas, la toux continuait et son état était suffisamment sérieux pour nécessiter une hospitalisation. Lundi dans la soirée, les services du 10, Downing Street ont indiqué que son état s'était dégradé durant l'après-midi et qu'il avait été pris en charge par les soins intensifs de l’Hôpital Saint-Thomas à Londres. Selon la chaîne d'information Sky News, il n'aurait pour l'heure pas été nécessaire de procéder à une intubation.

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Lors de la conférence de presse quotidienne sur la pandémie, présidée quelques heures plus tôt par Dominic Raab, le ministre des Affaires étrangères, tout a été fait pour ne surtout pas dévoiler plus d’informations. Les journalistes ont bien posé les mêmes questions à répétition, s’interrogeant sur le fait que Boris Johnson restait formellement chargé du gouvernement, alors qu’il aurait pu passer la main au «survivant désigné», à savoir Dominic Raab, qui doit lui succéder en cas d’incapacité. «Le premier ministre ne devrait-il pas se reposer?» a interrogé l’un d’eux. «Il n’est pas surhumain, certains pensent qu’il prend trop de risques…» a renchéri un autre. La réponse est restée ferme: le premier ministre est «en bonne forme» (in good spirit) et il demeure «en charge» des affaires du pays. D’ailleurs, il a publié sur Twitter qu’il était «en contact avec son équipe». Avec qui exactement? Dominic Raab, bien que présentant formellement le point de presse du jour, a dû admettre qu’il n’avait pas parlé au premier ministre depuis le week-end… Dans la soirée, Downing Street a confirmé que Boris Johnson avait délégué son pouvoir de décision à son ministre «là où nécessaire».

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L’appel historique de la reine

Dès dimanche, le besoin d’une prise en charge médicale sérieuse était clairement pressant. Sinon, jamais Boris Johnson n’aurait laissé cette information faire de l’ombre à l’allocution exceptionnelle de la reine. Celle-ci, de quatre minutes, retransmise dimanche soir sur toutes les chaînes de télévision, a été regardée par 24 millions de téléspectateurs. Elle avait été requise par le gouvernement, qui utilise l’immense popularité de la «grand-mère de la nation» pour faire passer un message: le pic de l’épidémie est à venir et il ne faut surtout pas abandonner les efforts de confinement.

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Le Royaume-Uni a jusqu’à présent enregistré 5373 décès du coronavirus dans les hôpitaux. Les dernières vingt-quatre heures ont été plutôt positives, avec 403 morts, en baisse par rapport à plus de 600 les trois jours précédents. Mais le pic de l’épidémie n’est pas attendu avant le week-end prochain, ce qui correspond à trois semaines après le début du confinement obligatoire. Avec près de 18 000 patients hospitalisés, le bilan ne peut que s’aggraver.

Dans ce contexte, Elisabeth II a fait appel au sens historique des Britanniques, leur demandant de se comporter aussi bien que pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle espère que «ceux qui viendront après nous pourront dire que les Britanniques de la génération actuelle ont été aussi forts que les autres». «La fierté de qui nous sommes n’appartient pas à notre passé, il définit notre présent et notre futur.»

Nonchalance critiquée

La réponse unanimement positive à ces mots tranche avec les vifs débats sur la politique de Boris Johnson depuis le début de la crise. La nonchalance avec laquelle il a traité le danger initialement revient le hanter. Le 3 mars, alors que la situation était déjà très sérieuse en Italie, il avait visité les préparatifs dans un hôpital où se trouvaient des patients malades du coronavirus et il avait reconnu «serrer la main de tout le monde». Il avait ensuite longuement hésité à imposer le confinement, flirtant avec l’idée de «l’immunité de masse», qui consiste à laisser la maladie se répandre, provoquant ainsi l’immunité des personnes contaminées… Face au risque d’une hécatombe, il avait finalement fait demi-tour. Désormais, les critiques se concentrent sur le manque de tests de dépistage de la maladie, y compris pour le personnel hospitalier. Autant de sujets auxquels Boris Johnson ne peut plus répondre en personne actuellement.