Trois semaines après avoir été transféré en urgence à l’hôpital, Boris Johnson revient à son poste ce lundi. Le premier ministre britannique, qui aura passé trois jours en soins intensifs, retrouve un pays en manque crucial de direction, avec des ministres qui refusent de répondre sur leur stratégie de sortie de confinement, alors que le bilan s’alourdit.

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Dimanche, 20 700 personnes au total étaient décédées du Covid-19 au Royaume-Uni. Mais il ne s’agit que des morts à l’hôpital, tandis que le gouvernement refuse de communiquer les statistiques des décès dans les maisons de retraite ou chez des particuliers.

Tous les indicateurs sont pourtant très inquiétants. Le Bureau britannique des statistiques a publié des chiffres complets jusqu’au 10 avril, qui indiquent que le bilan réel est au moins le double de celui annoncé. En les extrapolant, le Financial Times estime que le nombre total de morts est désormais de 43 500, ce qui ferait du Royaume-Uni l’un des pays les plus touchés au monde. Seule bonne nouvelle, le pic semble passé: le nombre d’hospitalisations est en baisse régulière, de même que le nombre de patients en soins intensifs.

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Face à ce bilan, les ministres qui se succèdent chaque soir à la conférence de presse quotidienne consacrée à la pandémie brillent par leur manque de clarté. Dominic Raab, le ministre des Affaires étrangères, à qui Boris Johnson a confié l’intérim, Matt Hancock, le ministre de la Santé, ou encore Rishi Sunak, le ministre de l’Economie, ont la plupart du temps évité de répondre aux questions, se contentant de répéter leur slogan: «Restez à la maison, protégez le NHS (service de santé), sauvez des vies.»

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Des tests sur un parking

Il faut dire que les sujets inconfortables ne manquent pas. Le Royaume-Uni a particulièrement peiné à mettre en place un nombre suffisant de tests. Début mars, Boris Johnson avait parlé négligemment d’en faire 250 000 par jour. L’objectif a finalement été abaissé à 100 000 par jour d’ici à fin avril. Samedi pourtant, seuls 29 000 tests avaient effectivement été réalisés dans la journée. Le gouvernement souligne, à juste titre, que le monde entier manque de tests mais la logistique semble avoir été particulièrement chaotique au Royaume-Uni. Le pays a longtemps manqué des équipements nécessaires, il n’y avait pas le personnel pour réaliser les tests, les laboratoires ne suivaient pas…

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Autre signe de désorganisation, jeudi, le gouvernement britannique a annoncé que tous les travailleurs essentiels allaient pouvoir commander un test à faire chez eux. Le lendemain, quand un site internet a été mis en ligne pour réserver ces tests, les 5000 kits disponibles ont été pris… en deux minutes. Quinze mille autres tests à aller faire sur un site temporaire – souvent installé sur un simple parking – ont également été réservés dans les deux heures. Le site internet a dû être fermé temporairement.

Les mêmes difficultés sont apparues pour le matériel de protection: masques, gants, tabliers… Même le personnel de santé peine à obtenir ce qu’il lui faut, et la situation est bien pire dans les maisons de retraite.

Un hôpital du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre, a fourni à des infirmières de simples imperméables. «Elles sont inquiètes et ont peur, elles pleurent avant d’aller travailler», explique Glenn Turp, du Royal College of Nursing, l’organisation représentant les infirmières. «Ça a été difficile, nous n’en sommes pas là où nous le souhaiterions pour la fourniture de ce matériel», reconnaît Dominic Raab.

Au-delà des difficultés matérielles immédiates, le flottement à la tête du gouvernement britannique s’est fait de plus en plus visible alors que le reste de l’Europe commence à se préparer à un déconfinement progressif. Les différents ministres britanniques refusent systématiquement d’en parler, officiellement pour ne pas donner de faux espoirs aux Britanniques. «Il ne serait pas responsable d’annoncer des mesures maintenant», explique Dominic Raab.

Un intérim indécis 

En temps normal, Boris Johnson écrase de sa personnalité le reste de son gouvernement, notamment parce qu’il s’est débarrassé de tous ceux qui risquaient de lui faire de l’ombre ou osaient le critiquer. Son absence s’est donc fait fortement ressentir, personne n’osant prendre de décision majeure pendant l’intérim.

«Il est temps de traiter les Britanniques comme des adultes responsables», attaque Rachel Reeves, une députée travailliste. Elle estime que le gouvernement peut parfaitement expliquer sa stratégie de déconfinement sans que les gens se précipitent dehors.

Pourtant, les Britanniques semblent avoir déjà un peu relâché leurs efforts. Les statistiques de la circulation montrent une légère hausse de l’utilisation de la voiture depuis une semaine, passée de 35 à 40% du trafic habituel. Dans ce contexte, les autorités ne veulent surtout pas donner une raison de plus d’aller dehors, par exemple en indiquant une date de déconfinement.

Boris Johnson va pourtant bien devoir s’y atteler. Dans les jours qui viennent, il va sans doute présider les conférences de presse quotidiennes. S’il peut s’attendre à une certaine sympathie des Britanniques après sa maladie, il va devoir prendre des décisions rapidement.