Boris Nemtsov, le lion blessé qui ne s’avoue pas vaincu
Boris Nemtsov donne rendez-vous dans le QG de son parti, Solidarnost, à Pyatnitskaya. Une belle bâtisse au centre de Moscou dans laquelle le concierge fait acte de présence. Il n’y a que lui (et nous) au milieu des bureaux fermés à clé et des salles de réunion désertes. Quelques algues vertes tapissent le fond des fontaines à eau. C’est donc cela, le parti d’opposition à Vladimir Poutine? Pour l’heure, oui. Energique, Boris Nemtsov nous reçoit malgré les procès et les pressions du gouvernement.
A 53 ans, ce docteur en physique et mathématiques diplômé de l’Université de Gorki fait fi des «pressions morales» et bannières publicitaires géantes qui ornent les immeubles de Moscou l’accusant d’être un traître à la nation pour ses critiques envers l’intervention russe en Crimée. Le lion n’en est pas à son premier combat, ni à ses premières intimidations. Ministre de l’Energie sous Boris Eltsine, vice-premier ministre chargé de l’Economie dans les cabinets de Viktor Tchernomyrdine, il fut l’un des fondateurs de l’Union des forces de droite (SPS), un parti d’opposition au Kremlin qui n’existe plus depuis six ans.
Pourfendeur de Sotchi
En 2009, alors qu’il est candidat à la mairie de Sotchi (sa ville natale), Boris Nemtsov dénonce la facture exorbitante des futurs Jeux olympiques. Dans un rapport à charge, il dévoile les «22 milliards d’euros évaporés dans la corruption». La riposte est immédiate: des militants pro-Kremlin aspergent son visage d’ammoniac lors d’un meeting politique.
Blessé, mais pas vaincu, l’opposant repart en guerre contre la réélection de Vladimir Poutine. Boris Nemtsov compte Alexeï Navalny et Gary Kasparov à ses côtés au sein du parti Solidarnost. Mais, une fois de plus, il est réduit au silence par l’appareil répressif: «procès, campagnes de communication diffamantes, invalidation des listes électorales» jalonnent la carrière politique de l’ancien premier ministre. Navalny est en résidence surveillée. Kasparov a fui aux Etats-Unis, où il aspire «à devenir président de la fédération internationale d’échecs», coupant ainsi «tous liens avec l’opposition russe», déclare Boris Nemtsov, qui passe comme chat sur braise sur ses liens avec le champion d’échecs et le financement du parti. Bénéficie-t-il de fonds venus des Etats-Unis par l’intermédiaire de Gary Kasparov? Il ne dira rien. A son retour au Kremlin en 2012, Vladimir Poutine a fait voter une loi interdisant aux partis politiques et aux ONG de recevoir des financements étrangers.
Depuis le conflit en Ukraine, Boris Nemtsov fait figure de «traître à la nation, de diable de la Russie, d’espion de l’Ouest». La situation de l’opposition russe empire. Boris Nemtsov n’en prédit pas moins à Vladimir Poutine un «automne russe». Son parti, Solidarnost, est candidat aux élections municipales de la Douma de Moscou. «Malgré les pressions, nous sommes prêts à faire du bruit. La Russie n’a pas d’avenir sous Vladimir Poutine.»