Le gouvernement russe tente de sortir Pavel Borodine de l'embarras. Vendredi, par note diplomatique, Moscou a proposé un arrangement à Berne. Si la Suisse renonce au mandat d'amener et à la demande d'extradition, Moscou garantit que l'ancien intendant du Kremlin se présentera devant le magistrat instructeur. «Cette proposition a été transmise à la justice genevoise, qui est la seule autorité habilitée à révoquer le mandat», précise Folco Galli, porte-parole de l'Office fédéral de la justice (OFJ). Une prise de position est attendue pour la semaine prochaine.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, s'est entretenu jeudi par téléphone avec son homologue suisse, Joseph Deiss. Selon Ruedi Christen, porte-parole du DFAE, il ne s'agissait pas d'une protestation mais d'une demande de renseignement sur la situation juridique du cas Borodine. Vendredi, l'ambassade de Russie à Berne transmettait au même département la proposition qui a ensuite été acheminée à l'OFJ. En attendant de savoir si la justice genevoise accepte cette offre russe, Folco Galli précise que la demande d'extradition est toujours en préparation.

L'arrestation de Pavel Borodine mercredi soir à l'aéroport de New York n'était visiblement pas si inattendue. Interpol savait que l'intéressé tenterait de se rendre aux Etats-Unis. La veille du départ de l'ancien intendant du Kremlin, la justice genevoise a en effet reçu des informations de police faisant état d'un possible voyage. Pavel Borodine semble bien avoir été «cueilli» sans mal par le district attorney de Brooklyn. Toutefois, personne, sauf en Russie, ne croit à la thèse d'un quelconque traquenard ourdi grâce à une pseudo-invitation officielle aux cérémonies d'investiture de George W. Bush. Les Américains n'avaient sans doute aucun intérêt à attirer un hôte aussi embarrassant.

Imprudent ou trop confiant

Recherché par la justice genevoise depuis janvier 2000 pour avoir blanchi à son profit plus de 10 millions de dollars provenant de contrats de réfection du Kremlin passés avec les sociétés luganaises Mabetex et Mercata, Pavel Borodine se serait donc montré simplement très imprudent ou trop confiant. Le visa américain pour affaires apposé sur son passeport devait être antérieur à la date du mandat d'amener, pense son avocat genevois, Me Dominique Poncet. Quant à l'invitation, oubliée à Moscou par ce passager indésirable, celle-ci émane d'un contributeur du Parti républicain qui invoque aujourd'hui «une erreur». Le porte-parole du président élu a, de son côté, démenti que Pavel Borodine ait figuré sur la liste des invités de George W. Bush. «Ce monsieur n'a pas été officiellement convié aux festivités», a assuré Ari Fleisher.

Exit donc la qualité d'hôte exceptionnel, la thèse du piège ou celle de l'immunité conférée par son poste de secrétaire de l'Union Russie-Biélorussie. Ses défenseurs auront sans doute fort à faire pour contrer les obligations imposées par le traité américano-suisse. La prochaine audience de comparution, prévue pour examiner une éventuelle libération sous caution, a été fixée au 25 janvier (LT du 19 janvier).

Après le tonnerre d'indignation soulevé à Moscou par cette arrestation, le ton est redevenu plus modéré. «Le président considère qu'il s'agit purement d'une procédure judiciaire et que des déclarations diplomatiques ne peuvent pas résoudre le problème», a indiqué la vice-présidente de la Douma après une rencontre avec Vladimir Poutine. Sans doute une manière de calmer le jeu en attendant de voir si l'offre «diplomatique» russe est acceptée par la Suisse.