Élections

Bosnie-Herzégovine: les nationalistes sortent renforcés des élections générales

Le nationaliste serbe Milorad Dodik accède à la présidence suite aux élections de dimanche. La Bosnie-Herzégovine, que Milorad Dodik prétend vouloir faire éclater, se retrouve plus divisée que jamais

Les visages ont changé, mais les programmes restent les mêmes. Bakir Izetbegovic cède sa place de membre bosniaque de la présidence collégiale de Bosnie-Herzégovine à Sefik Dzferovic, issu, tout comme lui, du Parti de l’action démocratique (SDA), la grande formation nationaliste bosniaque qui s’impose aussi comme la première force parlementaire du pays. Le fils d’Alija Izetbegovic, le «père de l’indépendance bosnienne», ne pouvait plus briguer cette charge, après avoir effectué deux mandats consécutifs, mais il demeure l’homme fort de Sarajevo.

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C’est pour les mêmes raisons que Milorad Dodik a dû renoncer à sa charge de président de la Republika Srpska (RS). Le maître de «l’entité serbe» d’une Bosnie-Herzégovine plus divisée que jamais s’est donc rabattu sur le poste de membre serbe de la présidence collégiale. Celle-ci compte aussi un membre croate, chacun des trois hommes assurant à tour de rôle la «présidence de la présidence». Milorad Dodik va donc représenter et diriger un Etat qu’il prétend vouloir faire éclater, la Bosnie-Herzégovine, sans renoncer à revendiquer le droit à la sécession de la Republika Srpska.

Dès dimanche soir, il a d’ailleurs donné un avant-goût de ce que serait son mandat, annonçant qu’il prêterait serment devant le parlement de l’entité serbe avant de le faire devant celui de la Bosnie-Herzégovine, et qu’il exigerait la suppression du bureau du haut représentant international, chargé de veiller à la bonne application des accords de paix de Dayton. Milorad Dodik a raflé 55% des votes en RS, loin devant son principal rival, Mladen Ivanic, qu’il a d’ailleurs accusé d’avoir gonflé son score «avec les voix des Bosniaques de Republika Srpska».

Une carrière lancée par les Américains

Alors que 40 000 personnes manifestaient vendredi soir dans les rues de Banja Luka, la capitale de l’entité serbe, exigeant des autorités qu’elles fassent la lumière sur le meurtre d’un étudiant de 21 ans, David Dragicevic, assassiné dans des circonstances troubles en mars dernier, Milorad Dodik confirme plus que jamais son emprise sur la RS: son parti, l’Union des sociaux-démocrates indépendants (SNSD), obtient la majorité absolue au parlement de l’entité et place sa candidate à la présidence. Il pourra donc aller porter le fer à Sarajevo sans craindre de contestation interne.

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La semaine dernière, comme avant chaque élection, Milorad Dodik était allé se faire adouber à Moscou par son «ami» Vladimir Poutine. C’est pourtant aux Américains qu’il doit le lancement de sa carrière politique. Durant la guerre (1992-1995), il siégeait au parlement des Serbes de Bosnie, mais s’occupait surtout de faire fructifier ses affaires dans son fief de Laktasi, une petite ville proche de Banja Luka, devenue un carrefour de la contrebande. C’est à la fin du conflit que sa carrière politique a vraiment commencé, Milorad Dodik promettant, avec la bénédiction des Occidentaux, d’incarner une alternative aux nationalistes serbes de Karadzic. Dès son élection à la tête de l’entité, en 2006, il s’est pourtant mis à son tour à jouer la carte du nationalisme, comme justification d’un régime de plus en plus autoritaire et népotiste.

Ultime espoir d’un Etat uni

Milorad Dodik n’a certainement qu’un regret, la défaite de son «meilleur ennemi», le nationaliste croate Dragan Covic, qui revendique aussi le renforcement du caractère confédéral de la Bosnie-Herzégovine, avec la création d’une «troisième entité», dévolue aux Croates. Ce dernier a été battu par le candidat de gauche Zeljko Komsic, partisan déclaré du renforcement des compétences de l’Etat central, qui a bénéficié des voix de nombreux électeurs bosniaques de la Fédération, l’autre entité du pays où les citoyens peuvent librement choisir de voter pour le membre bosniaque ou le membre croate de la présidence collégiale…

Commentant sa défaite, Dragan Covic n’a pas manqué de dénoncer ce «détournement» du caractère ethnique des institutions du pays. Zeljko Komsic représente désormais l’ultime espoir de ceux qui croient encore dans le maintien d’un Etat uni de Bosnie-Herzégovine.

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