Afrique 

Le Botswana a voté pour des élections générales très disputées

Le Botswana a voté mercredi pour des élections générales, présentées comme les plus disputées de son histoire, qui pourraient mettre fin au règne sans partage du parti au pouvoir depuis l'indépendance il y a plus d'un demi-siècle

Ouverts dès l'aube, les quelque 2200 bureaux de vote du pays ont commencé à fermer en soirée. Le dépouillement a aussitôt débuté, pour des premiers résultats qui pourraient, selon la Commission électorale, tomber ce jeudi dans la soirée.

Certains électeurs continuaient cependant de faire la queue mercredi soir pour pouvoir voter. Selon le porte-parole de la Commission électorale, Osupile Maroba, cela pourrait entraîner des retards dans le comptage des bulletins de vote.

Diamants et éléphants 

Jusque-là loué pour ses pratiques démocratiques et sa stabilité exemplaires, ce vaste pays d'Afrique australe riche en diamants et en éléphants sauvages est agité par une guerre fratricide entre son actuel chef de l'Etat et son prédécesseur.

Président du pays de 2008 à 2018, Ian Khama accuse son successeur Mokgweetsi Masisi de dérive autoritaire. Déterminé à lui faire mordre la poussière, il a claqué la porte du Parti démocratique du Botswana (BDP), qui dirige le Botswana depuis 1966, et appelé à voter pour l'opposition.

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Plus de 930 000 électeurs inscrits ont été appelés mercredi à trancher ce combat des chefs inédit. «D'habitude on connaît le nom du futur président», a déclaré l'un d'eux, Lesetamang Paya, un retraité de 63 ans, en votant dans une école de la capitale Gaborone. «Cette fois il y a une réelle compétition [...], on pourrait assister à des changements».

L'ivresse du pouvoir 

Comme le veut la Constitution, Ian Khama a cédé il y a dix-huit mois les rênes du pays à son vice-président Mokgweetsi Masisi. Mais depuis, le torchon brûle entre les deux hommes. «J'ai constaté une menace pour notre démocratie [...], nous avons des dirigeants devenus ivres de pouvoir», a expliqué l'ex-chef de l'Etat dans un entretien à l'AFP. Il reproche à M. Masisi d'avoir résolument tourné le dos à sa politique, notamment en levant l'interdiction de la chasse aux éléphants dont il avait fait un symbole de son engagement pour la défense de l'environnement.

«Notre démocratie est menacée par un tsunami de la même veine que ce que fait (le président américain Donald) Trump dans son pays», a mis en garde Ian Khama. Fils du cofondateur du BDP et premier président du pays Seretse Khama, l'ex-chef de l'Etat a gardé de puissants alliés au sein du parti et une incontestable influence dans le pays.

Cette fronde fragilise aujourd'hui la position électorale dominante du parti. Le BDP avait déjà réalisé le plus mauvais score de son histoire aux élections générales de 2014 en tombant sous la barre symbolique des 50% des voix. Le principal parti d'opposition, la Coalition pour un changement démocratique (UDC), espère bien tirer les marrons du feu.

«Nous vivons un moment épique», s'est exalté son chef, Duma Boko, en votant dans la matinée dans la capitale Gaborone. «Il est possible que nous soyons à l'aube d'un jour totalement différent, d'un avenir totalement différent».

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«On doit gagner»

Pendant sa campagne, Duma Boko a promis de créer 100 000 emplois et de multiplier par trois le salaire minimum. Avec un produit intérieur brut (PIB) par habitant de plus de 8000 dollars largement nourri par ses diamants, le Botswana est un des pays les plus riches du continent. Mais il est aussi un des plus inégalitaires, avec un taux de chômage de 18%.

Malgré la menace exercée par son prédécesseur, Mokgweetsi Masisi s'est redit mercredi sûr de l'emporter haut la main. «J'en suis aussi sûr que le soleil se lève à l'est et se couche à l'ouest», a-t-il plastronné en votant dans son fief de Moshupa. «On doit gagner». «C'est vrai, il s'agit sûrement là de l'élection la plus serrée à laquelle nous avons été confrontés mais je suis prêt à relever le défi», a poursuivi le président sortant.

Il a répété par ailleurs qu'il respecterait le verdict des urnes, quel qu'il soit. «Si je ne l'emporte pas, si le parti ne l'emporte pas, on concèdera notre défaite et on se retirera dans l'opposition», a-t-il promis, «et on s'opposera au nouveau gouvernement de toutes nos forces». Outre le BDP et l'UDC, deux autres partis ont présenté des candidats pour les 57 sièges du Parlement. Le parti qui y disposera du plus d'élus choisira le chef de l'Etat.

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