Le flux toxique provoqué par un déversement de boues rouges suite à un accident industriel en Hongrie a atteint jeudi le Danube, menaçant l’écosystème du deuxième fleuve le plus long d’Europe après la Volga.

Selon un responsable du Service des eaux sur place, les échantillons d’eau prélevés au confluent de la rivière Raab avec le Danube révèlent «un taux alcalin légèrement supérieur à la normale, entre 8,96 à 9,07», alors que la normale est à 8, sur une échelle allant jusqu’à 14. Vers 10H00, heure suisse, ce niveau a légèrement augmenté à 9.3, et pour l’instant, les experts estiment que si elle reste sous 10, la catastrophe écologique épargnerait le Danube.

Le flux toxique émanant de boues rouges déversées à partir d’un réservoir d’une usine de bauxite-aluminium de la ville d’Ajka (160 km à l’ouest de Budapest) est passé de la Raab dans le Danube peu après 08H30, à Györ.

L’accident, qui s’est produit lundi et dont les causes restent à élucider, a fait quatre morts, dont une petite fille de 14 mois, et plus de 120 blessés alors que trois personnes sont toujours portées disparues.

Intenses travaux de neutralisation en cours

Tout au long de son parcours à travers plusieurs rivières, les boues rouges se sont peu à peu diluées dans l’eau et ne sont plus visibles à l’oeil nu. Et cela en partie à la suite du versement dans les rivières d’agents neutralisants, notamment des tonnes de plâtre par les pompiers et des ouvriers.

Pour arriver dans la grande boucle du fleuve située après le confluent, le flux toxique a encore une dizaine de kilomètres à parcourir.

«Les travaux de neutralisation de la pollution se poursuivent», a expliqué Tibor Dobson, le chef régional des services anticatastrophes. En plus du plâtre, des acides sont également utilisés pour réduire le niveau de toxicité de l’eau. Selonle chef régional des services anticatastrophes Tibor Dobson, «l’écosystème complet de la rivière Marcal a été détruit, car le taux alcalin très élevé a tout tué», a-t-il déclaré à l’agence de presse nationale MTI. «Tous les poissons sont morts et nous n’avons pas pu sauver la végétation non plus», a-t-il ajouté.

»Nous avons essayé de diminuer le taux alcalin de la Marcal sur plusieurs points avec du plâtre et de l’acide, mais en vain», a encore ajouté M. Dobson en soulignant que l’objectif était de ramener le taux alcalin sous 9 dans la Raab et le Danube pour sauver ces écosystèmes.

Quelles conséquences pour le Danube?

La pollution a atteint la branche principale du Danube à midi (10H00 GMT), et pour l’instant, il n’y a pas eu de rapports de poissons morts dans ces deux rivières.

Alors que des poissons morts flottaient à la surface de la Raab, aucun phénomène similaire n’était pour le moment observé dans le Danube, a constaté un journaliste de l’AFP. Sur les bords du fleuve, quelques pêcheurs audacieux tentaient même leur chance.

A Devecser et à Kolontar, dans les deux villages les plus touchés lundi par la marée rouge, les experts ont contrôlé le taux alcalin du ruisseau Torna, qui déferle ensuite dans la Raab. Ce niveau baissait lentement: il était de 10 jeudi dans la matinée, alors que, peu après la catastrophe, il avait atteint 13,5, selon le responsable des services anticatastrophes. Ce dernier a précisé que les taux alcalins de la nappe phréatique et des puits de Kolontar montraient un niveau parfaitement neutre de 7,5.

Pas besoin d’argent

Le Premier ministre, Viktor Orban, s’est rendu jeudi matin à Kolontar, dont sont originaires les quatre personnes décédées. Le pays n’a pas besoin d’argent de l’étranger pour combattre les effets de la catastrophe écologique, mais toute expertise est la bienvenue, a-t-il déclaré.

La reconstruction des parties les plus dévastées du village de Kolontar est très problématique, a-t-il par ailleurs estimé. «Malheureusement, j’ai l’impression que tout effort de reconstruction ici, au-delà du pont, est inutile», a-t-il déclaré. «Il faudra probablement ouvrir un nouveau territoire pour les habitants du village et raser cette partie du village à tout jamais, car il est impossible de vivre ici», a-t-il ajouté.

L’écrasante majorité de la centaine d’habitants dont la maison est désormais inhabitable en raison de la souillure de la boue, a émis mercredi soir lors d’une réunion le voeu de quitter définitivement la commune, qui compte 800 habitants en tout, a constaté un correspondant de l’AFP. Une plainte collective contre l’usine de bauxite-aluminim, qui appartient à la société MAL, a aussi été évoquée.