C'est un changement radical de la politique envers les étrangers que vient de décider La Haye avec les expulsions prévues dans les prochains mois de quelque 26 000 demandeurs d'asile. Examinée mardi au parlement, cette mesure de politique générale a été adoptée malgré une farouche opposition.

Suivant les traces de la politique ébauchée par les populistes de l'ancien gouvernement, la ministre en charge de l'Immigration, Rita Verdonk du parti libéral VVD, s'est comportée en véritable «dame de fer» pour défendre sa politique. Son objectif est de reconduire à la frontière tous les étrangers ayant épuisé les voies de recours pour se maintenir sur le territoire. Partisane d'une politique pure et dure, la ministre ne prévoit de régulariser la situation que de quelque 2300 étrangers, notamment ceux qui sont aux Pays-Bas depuis plus cinq ans, mais dont le cas n'a toujours pas été examiné par les autorités.

En discussion à la Chambre depuis plusieurs jours, le projet a donné lieu la semaine dernière à un chahut inhabituel dans l'hémicycle et même à une suspension de séance lorsqu'une banderole portant l'inscription «stop à la déportation» a été déployée du haut de la tribune réservée au public. A l'extérieur du bâtiment, plusieurs milliers de manifestants ont aussi bruyamment montré leur opposition à ce texte lors de l'ouverture des débats.

Eclatement de familles

Outre le tollé provoqué par ce projet parmi les associations de défense des étrangers, une partie de la classe politique est aussi montée au créneau, même au sein des partis de la coalition en place. Malgré tout, le gouvernement de centre droit disposant d'une confortable majorité à l'assemblée, les motions adoptées hier ne modifieront rien au contenu de cette politique controversée.

Pour les opposants, les craintes ont surtout porté sur l'éclatement de familles et le sort des enfants et mineurs pouvant résulter de cette politique jusqu'au-boutiste. «Si le retour dans le pays d'origine est impossible ou inhumain, j'utiliserai mes pouvoirs discrétionnaires», a assuré la ministre pour faire bonne figure devant les objections des écologistes de Groenlinks et les sociaux-démocrates du PvdA.

Sur le terrain, les demandeurs d'asile vont disposer de huit semaines pour plier bagages sous la houlette des services d'immigration. Pour les cas les plus difficiles, un séjour de huit autres semaines sera possible dans un centre d'hébergement avant un départ définitif. Au-delà, une peine de prison de six mois est encourue par les récalcitrants, avant de tomber définitivement sous le coup des lois applicables aux étrangers en situation illégale. Dans les faits, après un renforcement des règles applicables depuis 2002 aux demandeurs d'asile, leur nombre a été divisé par deux pour ne représenter aujourd'hui que 10% de la population étrangère.