Droits humains

Le boycott américain des rapporteurs spéciaux de l’ONU menace la Genève internationale

Depuis mai 2018, l’administration américaine ne répond plus aux demandes des experts indépendants de l’ONU. Une rupture dans la pratique américaine qui pourrait conforter les régimes autoritaires et affaiblir l’architecture de protection des droits de l’homme

Silence radio. L’administration américaine de Donald Trump ne répond plus aux demandes des rapporteurs spéciaux des Nations unies. Elle les invite encore moins à venir examiner la situation des droits de l’homme aux Etats-Unis. A Genève, où le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme met du personnel, une aide logistique et un service de recherche à disposition des rapporteurs spéciaux, on reste encore prudent, estimant que la Maison-Blanche n’a pas annoncé formellement un changement de politique. Mais la menace d’affaiblissement de l’architecture des droits de l’homme, mise en place au bout du Léman à partir de 1945, est réelle.

Treize demandes

Pour Jamil Dakwar, directeur du programme droits de l’homme auprès de l’American Civil Liberties Union (ACLU), les signaux sont univoques: «L’administration Trump ne répond plus aux lettres envoyées par les rapporteurs sur des questions propres aux Etats-Unis. Depuis l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche, aucune invitation n’a été envoyée à un rapporteur.» Or, confie-t-il au Temps, «ces rapporteurs font partie de ce qu’on appelle les procédures spéciales qui constituent un pilier majeur du système des droits de l’homme de l’ONU. Ils bénéficient d’une vraie expertise sur différents thèmes et pays. Ils sont indépendants. La société civile compte énormément sur leurs travaux, en particulier dans les pays où le système judiciaire est défaillant et où le pouvoir est autoritaire.»