Le pouvoir est confronté à sa plus importante contestation populaire en 30 ans depuis l’annonce samedi de la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad. Cette victoire est contestée par son principal rival Mir Hossein Moussavi, soutenu par les réformateurs, qui a crié à la fraude.

M. Moussavi, qui a déposé avec les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Mohsen Rezaï, une contestation devant le Conseil des gardiens de la constitution, a réitéré son appel à l’annulation du scrutin du 12 juin et à de nouvelles élections, dans un communiqué.

«Nous souhaitons une protestation calme contre la manière malsaine dont a été tenue l’élection et nous poursuivons l’objectif de son annulation et de sa répétition, d’une façon garantissant que cette fraude honteuse ne se reproduise pas», a-t-il dit.

Au lendemain de leur marche dans le calme mardi, plusieurs dizaines de milliers de partisans de M. Moussavi, avertis via Internet, se sont à nouveau rassemblés à Téhéran, malgré l’interdiction. Ils ont défilé en silence entre les places Haft-é Tir et Enqelab, sans incident, ont indiqué des témoins ayant contacté l’AFP. De brèves images de cette manifestation ont été diffusées par la télévision d’Etat. M. Moussavi a aussi appelé à une journée de deuil jeudi pour les sept civils morts lundi à Téhéran dans des heurts entre manifestants et miliciens islamistes.

Ne lâchant pas non plus la pression, le pouvoir a multiplié les interpellations de réformateurs, après l’annonce mardi de l’arrestation de 26 «cerveaux» responsables des «troubles». Des arrestations ont également eu lieu en province où des manifestations se sont tenues, comme à Mashhad (nord-est) et Tabriz (nord-ouest), selon les autorités.

Téhéran a également accusé des médias occidentaux non identifiés d’être les «porte-parole» des «émeutiers». Le ministère des Affaires étrangères affirme que ses accusations viennent «en réaction aux commentaires d’ingérence de certains responsables et médias occidentaux». Les journalistes étrangers ont, depuis mardi, l’interdiction de couvrir les manifestations «illégales» ou tout événement ne figurant pas «au programme» du ministère de la Culture. Ces mesures laissent «présager un renforcement de la répression», a dénoncé l’organisation de défense des journalistes RSF. Plusieurs responsables politiques, analystes et journalistes réformateurs appuyant M. Moussavi ont également été arrêtés mercredi, selon leurs proches.

La communauté internationale a exprimé son inquiétude sur la situation en Iran à la suite de la réélection contestée de M. Ahmadinejad (63% des voix au 1er tour). L’Allemagne a estimé qu’il y avait eu des «irrégularités» dans le scrutin et qu’une vérification des résultats serait justifiée, alors que le Venezuela, proche allié de Téhéran, a réclamé l’arrêt des «actes d’ingérence» et de la «campagne de discrédit» envers les résultats du scrutin.

Le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a qualifié la réélection de M. Ahmadinejad de «grande fête», avait concédé mardi qu’un nouveau décompte partiel des résultats sujets à caution pourrait être nécessaire.

Par ailleurs, le grand ayatollah Abdolkarim Moussavi Ardabili a demandé «aux responsables concernés» de traiter les contestations des candidats «de manière impartiale» et de parvenir à «un verdict convaincant». C’est le quatrième haut responsable religieux de ce rang à lancer un tel appel depuis samedi. Le Conseil des gardiens de la Constitution doit rendre au plus tard dimanche un avis sur un nouveau décompte.