La Slovaquie accueille ce vendredi le premier Sommet européen après le vote britannique pour sortir de l’Union (Brexit) qui a vu la dynamique européenne s’inverser avec le retrait de l’un de ses membres. Plusieurs chefs d’État ont appelé à tirer les leçons de ce scrutin. Mais leurs conclusions, loin de coïncider, creusent un peu plus les fractures qui se sont fait jour ces dernières années sur fonds de crise économique et défi migratoire.

Fin août, Angela Merkel, la chancelière allemande, a mis en garde contre toute attente irréaliste. La rencontre de Bratislava ne sera «pas un sommet décisionnel mais plutôt un sommet qui fixera un agenda». Quant aux leçons à tirer du vote britannique, elles restent vaguent. «On pourra parler de premier sommet post-Brexit lorsque l’on saura ce que les Britanniques veulent faire. Pour l’instant on n’en sait rien», explique René Schwok, directeur du Global Studies Institute de l’Université de Genève.

«Contre-révolution culturelle»

L’agenda en question a été précisé jeudi lors d’une rencontre entre Angela Merkel et François Hollande. «Nous avons convenu que le sommet de Bratislava devait être concentré sur trois grandes priorités», a expliqué le président français: la sécurité, «avec une nouvelle impulsion à travers l’Europe de la défense», les «industries nouvelles» et la jeunesse.

Cette «feuille de route» dessinée par le couple franco-allemand pourrait toutefois être bousculée par les Etats est-européens prêts à questionner la poursuite de l’intégration européenne. La semaine dernière, Jaroslaw Kaczynski, le dirigeant du parti au pouvoir en Pologne, et Viktor Orban, le premier ministre hongrois, appelaient de leurs vœux à une «contre-révolution culturelle», celle de l’Europe des patries et des frontières opposée à l’Europe fédérale et ouverte. Ces deux pays forment avec la République Tchèque et la Slovaquie le groupe de Visegrad qui s’est illustré ces derniers mois par un refus déterminé des quotas de réfugiés.

Les quotas relégués

En début de semaine, le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères, Jean Asselborn, estimait dans une interview donnée à un média allemand que «ceux qui, comme la Hongrie, bâtissent des clôtures contre des réfugiés de guerre, qui violent la liberté de la presse ou l’indépendance de la justice, devraient être temporairement, voire même définitivement, exclus de l’UE». Des propos qui sont restés isolés, l’Allemagne signalant aussitôt qu’ils ne reflétaient pas une position commune. «Il faut être prudent avec les révolutions, a réagi pour sa part le président du Conseil européen, le Polonais Donald Tusk. L’Europe, telle qu’elle est, a été très profitable pour la Pologne.»

Les pressions du groupe de Visegrad n’en sont pas moins efficaces. La question des quotas de réfugiés devrait ainsi être relayée au second plan à Bratislava. Mercredi, lors de son discours de l’Union, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, a laissé entendre que ce n’était plus un impératif en expliquant que la solidarité ne s’imposait pas et qu’elle ne pouvait «venir que du cœur». «On va noyer le poisson, cela n’ira pas plus loin», estime à ce propos René Schwok qui pense que les Européens, a posteriori, ont réalisé que l’imposition de quotas «n’était peut-être pas une bonne idée».

Le besoin d’Europe

La fronde des pays de Visegrad, qui se caractérisent par ailleurs par une emprise grandissante des partis populistes, n’en représente pas moins un défi qui s’ajoute à d’autres fractures. La semaine dernière, les pays de l’Europe du Sud en appelaient à un assouplissement des règles budgétaires pour relancer la croissance. Une demande relayée par les leaders des partis sociaux-démocrates cette semaine.

«Il ne faut pas exagérer la portée des déclarations des leaders est-Européens, ajoute René Schwok. Cela fait partie de leur socialisation au sein de l’ensemble européen que l’on pourrait comparer à une crise d’adolescent. Ils veulent montrer leurs différences mais ils savent ce qu’ils doivent à l’UE.» Une UE qui représente leur meilleure protection face à une Russie toujours redoutée. Une UE, surtout, qui a permis leur décollage économique grâce aux fonds structurels et à la libre-circulation.