De son propre aveu, Breivik vit une enfance ordinaire, avec un père diplomate et une mère infirmière qui se séparent peu de temps après sa naissance. Il grandit avec sa mère et sa demi-sœur dans un foyer qui, dit-il, n’a jamais connu de problèmes d’argent, son seul grief étant d’avoir eu «beaucoup trop de liberté».

Dès son plus jeune âge, les services sociaux sont cependant avertis d’une possible carence de soins.

Père absent?

«Anders est un enfant passif qui fuit un peu le contact, un peu anxieux […] au sourire feint et désarmant», écrit de lui un psychologue, quand il n’a que 4 ans. «Idéalement, il devrait être placé dans une famille d’accueil stable», ajoute-t-il.

Le message n’est pas suivi d’effets et le père, de son côté, ne parvient pas à obtenir la garde de son fils.

Passé cet épisode, l’enfance de Breivik semble suivre une voie linéaire. L’adolescent, qui traverse une période hip-hop, perdra toutefois le contact avec son père après des déboires avec la police pour des graffiti.

Il quitte le lycée sans terminer sa scolarité pour se lancer dans les affaires et embrasser une carrière politique: il vient alors d’adhérer au mouvement de la jeunesse du Parti du progrès (FrP), la droite populiste opposée à l’immigration, où il endosse des responsabilités locales.

Il rejoindra le FrP, puis s’en éloigne une dizaine d’années plus tard, jugeant le parti trop ouvert aux «attentes multiculturelles» et aux «idéaux suicidaires de l’humanisme».

Intelligent et calculateur

Pendant le procès, les anciens amis du tueur décrivent un personnage sociable, intelligent et même tolérant, très soucieux de son allure, mais qui s’est totalement isolé à partir de 2006.

Si ses critiques de l’islam, du multiculturalisme et du «marxisme culturel» sont récurrentes, Breivik se présente lui-même comme un «militant nationaliste», conservateur, mais pas raciste, qui s’est sacrifié pour protéger les Norvégiens de souche contre la désintégration de leur pays.

Devant ses juges, il a affirmé sans rire être «quelqu’un de très sympathique en temps normal».

Le 22 juillet 2011 sur l’île d’Utoeya, il a pourtant froidement tué 69 personnes, des adolescents pour la plupart, dans la fusillade la plus sanglante jamais commise par un seul homme en temps de paix. Juste avant, il avait provoqué la mort de huit autres personnes en faisant exploser une bombe de près d’une tonne dans le quartier des ministères à Oslo.

Ces attaques, il les qualifie d’«atroces, mais nécessaires» et semble les avoir conçues seul.

Selon ses dires, Breivik se lance dès 2002 dans sa croisade idéologique au sein des «Chevaliers Templiers», une organisation dont la police n’a pas pu prouver l’existence. A l’automne 2009, il décide de passer à l’acte pour abattre les partisans du multiculturalisme.

Cet homme, à la courtoisie déconcertante, s’active dès lors à préparer dans les moindres détails les attaques les plus sanglantes commises sur le sol norvégien depuis la Seconde Guerre mondiale. L’exemple type du «loup solitaire» qui vit reclus dans l’appartement de sa mère avant d’emménager dans une ferme pour pouvoir acquérir en toute discrétion les engrais nécessaires à la confection de sa bombe.

«Il avait l’air de M. Tout-le-monde. Le gars passe-partout», témoignera un voisin de sa mère auprès de l’AFP au lendemain du carnage.