Amérique latine

Au Brésil, Juan Guaido rentrera au Venezuela «malgré les menaces»

L'opposant en chef vénézuélien a rencontré le président brésilien jeudi et aussitôt affirmé qu'il retournerait à Caracas lundi au plus tard, malgré les menaces qu'il aurait reçues

Le chef de l'opposition au Venezuela Juan Guaido a affirmé jeudi 28 février, à l'issue d'une rencontre avec le président brésilien Jair Bolsonaro à Brasilia, qu'il retournerait dans son pays «au plus tard lundi» malgré «les menaces».

Reconnu comme président par intérim par plus de cinquante pays, Juan Guaido avait quitté le Venezuela le 22 février en dépit d'une interdiction de sortie du territoire, au risque d'être immédiatement arrêté à son retour, comme l'en a averti le président socialiste Nicolas Maduro. «J'ai reçu des menaces personnelles, contre ma famille, mais je suis également menacé d'être incarcéré par le régime. Mais cela ne va pas m'empêcher de retourner au Venezuela, au plus tard lundi», a déclaré l'opposant vénézuélien lors d'une conférence de presse.

Notre éditorial du 23 janvier 2019:Le Venezuela et ses deux présidents

Le président autoproclamé devait dîner avec le ministre des Affaires étrangères Ernesto Araujo, avant de quitter Brasilia tôt vendredi pour le Paraguay. «Nous aurons la visite de notre cher ami, le président Juan Guaido au palais présidentiel», a tweeté le chef de l'Etat de droite Mario Abdo Benitez, même si l'intéressé n'a pas confirmé cette information à Brasilia.

À New York, le Conseil de sécurité de l'ONU n'a adopté, sans surprise, aucun des deux projets de résolution concurrents sur le Venezuela, l'un à l'initiative des Etats-Unis, l'autre de la Russie.
La Russie et la Chine ont opposé leur véto au projet américain appelant à une élection présidentielle «libre, juste et crédible» et à des «livraisons d'aide humanitaire sans entraves» au Venezuela. Moscou a échoué à faire adopter une résolution visant à dénoncer «les menaces de recourir à la force» contre Caracas, qui n'a obtenu l'appui que de la Chine, de l'Afrique du Sud et de la Guinée équatoriale.

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Ces deux démarches illustrent la division de la communauté internationale sur le Venezuela, où Juan Guaido a été reconnu notamment par les Etats-Unis, le Brésil, la Colombie et une majorité de membres de l'Union européenne, mais où Nicolas Maduro reste soutenu par la Russie, la Chine, l'Iran, la Syrie ou Cuba.

Juan Guaido était arrivé dans la capitale brésilienne dans la nuit en provenance de Colombie où il s'était rendu pour diriger une opération d'acheminement d'aide humanitaire à son pays.  Celle-ci a été bloquée samedi dernier à la frontière par les forces de sécurité vénézuéliennes, de même que les tonnes de vivres et de médicaments qui devaient être aussi acheminées à travers la frontière brésilienne.

«Dieu est brésilien et vénézuélien»

A Brasilia, Jair Bolsonaro a salué Juan Guaido comme son «frère», le qualifiant de symbole «d'espérance». «Nous ne mesurerons pas nos efforts, dans un cadre légal qui respecte notre Constitution et nos traditions, pour que la démocratie soit rétablie au Venezuela», a-t-il expliqué, avant de lancer: «Dieu est Brésilien et Venezuélien».

Evoquant la situation dans son pays englué dans la crise, Juan Guaido a déclaré que «300 000 Vénézuéliens risqu(ai)ent de mourir» en raison des pénuries d'aliments et de médicaments. «Ce n'est pas un choix entre Maduro et Guaido, mais un choix entre la démocratie et la dictature, la misère ou la prospérité», a-t-il ajouté. «Nous luttons pour des élections libres, des élections démocratiques».

Juan Guaido a également évoqué la répression du régime de Nicolas Maduro, notamment lors de heurts contre des membres de tribus indigènes près de la frontière brésilienne le week-end dernier. «La persécution n'a pas fonctionné, elle n'a fait que retarder l'inévitable, la transition vers la démocratie», a-t-il assuré. Avant son entretien avec Jair Bolsonaro, Juan Guaido avait rencontré des diplomates de l'Union européenne.

«Guerre civile»

Le gouvernement pro-américain du président Bolsonaro a qualifié de «dictateur» Nicolas Maduro et a reçu, peu après son entrée en fonction, des émissaires de Juan Guaido à Brasilia. Le vice-président brésilien Hamilton Mourao a affirmé mercredi à la chaîne Globonews qu'une «guerre civile» au Venezuela était un «scénario possible, en raison de la situation du pays». Dans un entretien à l'AFP la semaine dernière, il avait affirmé qu'une intervention militaire américaine dans ce pays «n'aurait aucun sens».

L'aide humanitaire destinée par l'opposition au pays qui souffre de dramatiques pénuries alimentaires et de médicaments a été bloquée par Caracas qui y a vu un prétexte à une intervention armée américaine pour déloger le président Maduro.

Lundi, Juan Guaido avait participé à Bogota à la réunion du Groupe de Lima, composé de 13 pays latino-américains et du Canada, qui s'est engagé à accentuer la pression pour contraindre le dirigeant chaviste à quitter le pouvoir, mais a écarté l'usage de la force.

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