On attendait des changements dans l'équipe dirigeante. Aucun pays n'affronte impunément une très grave crise économique et une dévaluation brutale de près de 40% en moins de deux semaines. Les rumeurs annonçaient la démission du ministre de l'Economie, Pedro Malan. C'est finalement le tout nouveau directeur de la Banque centrale (BC), Francisco Lopes, qui vient d'être évincé. Le président Cardoso a décidé mardi de confier ce poste à l'économiste Arminio Fraga, à la plus grande surprise générale. Car celui ci, qui a déjà dirigé le département des affaires internationales de la BC, travaillait il y a peu de temps encore avec Georges Soros, le méga-investisseur américain, connu surtout pour être un méga-spéculateur.

«Pour lutter contre les spéculateurs, rien de mieux qu'un ex-spéculateur», s'est félicité le président de l'Assemblée brésilienne, Antonio Carlos Magalhaes. Mais cette étonnante nomination renforce les interrogations sur la future politique monétaire au Brésil. Pour les optimistes, Fraga saura mieux contrer ceux qui parient contre le real. Pour les pessimistes, «le loup est dans la bergerie». Par ailleurs, ils se demandent quel est le lien entre les récentes affirmations de Soros et la nomination de son collaborateur à la tête du BC. Au Forum de Davos, Soros a condamné la politique menée au Brésil sous les directives du FMI, estimant qu'il fallait baisser les taux et peut-être contrôler les capitaux pour éviter une trop forte et injustifiée dévaluation du real. Fraga va-t-il suivre ces options? Les marchés, en tout cas, ont accueilli la nomination avec prudence.

Selon le ministre de l'Economie, Pedro Malan, Arminio Fraga «n'a plus aucun lien avec Georges Soros». Il a précisé que «ce changement de nom n'annonce aucune modification de la politique monétaire. Le système de change fluctuant sera maintenu tout comme la politique économique d'ajustement des finances publiques.» Mais c'est avec les mêmes mots rassurants que le ministre avait annoncé la nomination de Francisco Lopes, le 12 janvier. Précipité à la tête de la BC après la démission de Gustavo Franco, Lopes avait pourtant enterré quatre ans de politique dite du «real fort». Sous la pression du marché, il avait dû laisser flotter le real.

Or la mise en place du système de change fluctuant s'est soldée par une dévaluation de près de 40% par rapport au dollar. Par ailleurs, Lopes a préféré augmenter les taux d'intérêt pour éviter le retour de l'inflation, ce qui n'a fait qu'accroître les dettes de l'Etat. Conséquence: ces deux dernières semaines, le gouvernement brésilien a perdu beaucoup de sa crédibilité. Le vote des mesures d'ajustement des finances publiques, pour résorber le déficit de l'ordre de 8% du PIB, n'a pas suffi à restaurer la confiance des investisseurs qui ont continué à parier contre le real et à retirer leurs capitaux. Vendredi, la panique a saisi les Brésiliens: les petits épargnants se sont précipités pour retirer leurs économies des banques, craignant un gel des comptes. Lopes aurait été sacrifié pour «laver l'image du gouvernement», selon un opérateur. De plus, il n'aurait pas su s'adapter au système de change fluctuant et intervenir pour contrôler la baisse du real. Plusieurs directeurs de la BC seront également remplacés.