L’orpaillage illégal a connu une avancée record en 2021 dans la plus grande réserve indigène du Brésil. La zone touchée par le «garimpo», terme brésilien utilisé pour ces mines d’or sauvages, a augmenté de 46% l’an dernier par rapport à 2020 en territoire Yanomami, pour atteindre 3272 hectares au total. C’est la plus forte augmentation annuelle depuis le début des relevés, en 2018, selon un rapport de l’association Hutukara Yanomami (Hay), publié lundi.

A lire: L’or, une menace pour la forêt

«Nous vivons le pire moment depuis que cette réserve indigène a été délimitée et homologuée, il y a 30 ans», dénonce l’association Hay, dans son document de plus de cent pages basé sur des images par satellite et des entretiens avec les populations autochtones.

La réserve Yanomami s’étend sur 9,7 millions d’hectares dans le nord du Brésil, près de la frontière avec le Venezuela, et abrite quelque 29 000 indigènes.

Des viols dénoncés

«Au-delà de la déforestation et de la pollution des rivières, l’orpaillage en territoire Yanomami a provoqué une explosion des cas de malaria et d’autres maladies infectieuses», ajoute le rapport, évoquant également «une augmentation effrayante de la violence envers les indigènes», y compris des viols.

Des témoignages cités par le document évoquent les difficultés rencontrées par les populations autochtones se nourrir en raison de la destruction de la forêt tropicale où ils trouvent normalement leurs moyens de subsistance. Certains se retrouvent donc forcés à travailler dans les mines d’or illégales en échange de repas.

L’article du 31 août 2012: Massacre d’Indiens par des «garimpeiros»

Les témoignages racontent également que des orpailleurs, souvent liés au crime organisé, demandent à des familles de leur livrer des jeunes filles pour des relations sexuelles contre de la nourriture. «Les femmes Yanomami voient les orpailleurs comme de terribles menaces», insiste l’association Hay, qui dénonce «un climat de terreur permanente».

Une activité qui s’intensifie en Amazonie

Les autorités gouvernementales brésiliennes n’ont pas répondu aux sollicitations de l’AFP pour commenter ce rapport. Les procureurs fédéraux ont, de leur côté, déclaré qu’ils enquêteraient sur les allégations du rapport en vue de déposer d’éventuelles accusations criminelles. Ils ont également indiqué avoir déjà déposé un recours le mois dernier afin de contraindre le gouvernement à «reprendre les actions de protection et les opérations de police contre les orpailleurs illégaux dans la réserve Yanomami».

L’orpaillage illégal s’est intensifié ces dernières années en Amazonie avec l’envolée du cours de l’or. Cette activité a causé la déforestation de 125 km2 en 2021, une surface supérieure à celle de Paris intra-muros.

Le président d’extrême droite Jair Bolsonaro est accusé par les associations de défense des indigènes de vouloir faire approuver à marche forcée au parlement des lois visant à autoriser les activités minières dans les territoires indigènes.