La pression monte contre la police britannique. La bavure contre Jean Charles de Menezes, le Brésilien abattu au lendemain des attentats manqués du 21 juillet, semble plus grave qu'initialement pensé. D'après des documents dévoilés par la chaîne de télévision ITV, la police avait immobilisé le jeune homme avant de l'abattre de sept balles dans la tête. Cela contredit la version initiale des faits, qui affirmait que l'homme avait tenté de s'enfuir. De plus, d'après le document, Jean Charles de Menezes n'a pas sauté par-dessus le portillon du métro, ne portait pas de veste épaisse qui aurait pu dissimuler une ceinture d'explosifs et était assis sur son siège quand il a été abattu. Autant d'éléments qui viennent contredire la ligne de défense de la police.

Selon ITV, le document provient de la Commission indépendante des plaintes contre la police (IPCC), qui mène l'enquête sur la bavure. Il retrace une succession d'erreurs de la part de la police. Le 22 juillet au matin, la police de Londres est sur les dents. Après les attentats du 7 juillet, qui ont fait 56 morts, une nouvelle vague d'attaques a été déclenchée la vieille. Aucune des bombes n'a explosé, mais les quatre terroristes sont dans la nature, pouvant à nouveau frapper à tout moment. L'un des suspects réside dans un HLM au sud de Londres. L'immeuble est mis sous surveillance. Les policiers ont ordre d'intercepter les personnes qui en sortent «dès que possible, mais loin de l'adresse», afin de ne pas trahir la surveillance policière.

Quand Jean Charles de Menezes sort de cet immeuble, le policier en planque s'était absenté pour aller aux toilettes. Il n'est donc pas en mesure de le filmer. Le Brésilien de 27 ans prend alors le bus, suivi par la police. Il se rend à la station de métro de Stockwell. Un policier cité dans le document révèle: «Pendant ce voyage, sa description et son attitude ont été évaluées et nous pensions que cela correspondait à l'identité d'un des suspects recherchés pour terrorisme. L'information est alors passée au centre d'opérations et le «gold command» (ndlr: le commandement en charge de l'opération) nous a donné pour instructions d'empêcher de Menezes d'entrer dans le métro. La responsabilité est alors passée à C019 (ndlr: la brigade armée de Scotland Yard).» En clair, Jean Charles de Menezes est formellement identifié comme un des terroristes et les policiers ont ordre de l'abattre s'ils soupçonnent qu'il tente une opération-suicide.

A ce stade de l'opération, le Brésilien semble ignorer qu'il est suivi. Les images capturées par les vidéos de surveillance dans le métro montrent qu'il prend le temps d'attraper un journal gratuit, puis descend les escaliers normalement. En arrivant près du quai, il se met à courir, sans doute pour attraper le train. Dès lors, les événements s'accélèrent. Un officier de surveillance présent sur le quai raconte: «J'ai entendu des cris, y compris le mot «police» et je me suis retourné vers l'homme en veste de jeans. Il s'est immédiatement levé et s'est avancé vers moi et les officiers de CO19. Je l'ai ceinturé, mettant ses bras de côté, puis je l'ai repoussé sur son siège. J'ai alors entendu un coup de feu très près de mon oreille gauche.»

«Innocent tué de sang-froid»

Hier, l'IPCC refusait de confirmer que ce document était authentique: «Notre priorité est de dévoiler les informations directement à la famille, qui sera évidemment bouleversée de recevoir des informations concernant sa mort par la télévision.» De son côté, la famille demande qu'une enquête publique soit ouverte. «Nous avons le droit de connaître toute la vérité sur ce meurtre», affirme un cousin, Allessandro Pereira. «Jean était un innocent qui a été tué de sang-froid.»

Du coup, de nombreuses voix se font entendre pour demander la fin du «droit de tuer» accordé à la police contre les kamikazes. Peu après les attentats de New York en 2001, la police britannique avait modifié ses consignes. En cas d'attentat-suicide, les officiers ont ordre de viser la tête. Ce changement était resté secret jusqu'à la bavure contre Jean Charles de Menezes. Il concentre désormais toutes les critiques.