Union européenne

Brexit: Angela Merkel à la manœuvre

Après le vote historique en faveur du Brexit, des dirigeants européens souhaitent que le divorce soit consommé au plus vite. La chancelière allemande freine et appelle à la compréhension face à «un partenaire privilégié»

L’onde de choc provoquée par le vote historique des Britanniques est loin de s’estomper. Après une réunion d’urgence de six pays fondateurs de l’Union européenne (UE) samedi à Berlin et une autre dimanche en présence des diplomates allemands, français et italiens pour préparer un mini-sommet de crise ce lundi à l’invitation de la chancelière allemande Angela Merkel, ces prochains jours s’annoncent agités.

Le prochain sommet des Vingt-Huit prévu mardi et mercredi à Bruxelles sera largement dévolu au divorce. D’abord en présence du Premier ministre britannique David Cameron et ensuite, sans lui. Le Parlement européen y consacrera une séance plénière extraordinaire mardi.

La contre-attaque européenne contre Londres se joue sur un seul thème: les modalités du divorce. Que les uns voudraient rapide. Que les autres voudraient plus en douceur. Or David Cameron, perdant du référendum de jeudi, n’a annoncé sa démission que pour octobre prochain, ajoutant qu’il laissait le soin à son successeur de négocier la sortie de l’UE de son pays.

Angela Merkel plaide pour des négociations avec David Cameron

Ce manque d’empressement à Londres fait grincer des dents. Mais les dirigeants européens avancent en ordre dispersé. Samedi, les ministres des Affaires étrangères des pays fondateurs de l’UE ont sommé les autorités britanniques de déclencher immédiatement la procédure de retrait selon l’article 50 du traité de Lisbonne (2009). «Je ne comprends pas pourquoi le gouvernement britannique a besoin d’attendre jusqu’en octobre pour décider si oui ou non il envoie la lettre de divorce; j’aimerais l’avoir immédiatement», a lâché Jean-Claude Juncker à la chaîne allemande ARD.

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Angela Merkel, elle, ne semble pas vouloir de cette précipitation. Dimanche, elle qui a toujours trouvé en David Cameron un allié tactique face aux gouvernements socio-démocrates, a plaidé pour que «les négociations avec ce partenaire privilégié se déroulent dans une atmosphère respectueuse». Elle peut compter sur le président du Conseil européen Donald Tusk qui veut aussi calmer les ardeurs. Selon son entourage, les dirigeants réalisent que le Royaume-Uni est entré dans une grande crise et qu’ils ne doivent pas le bousculer».

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Angela Merkel est donc tout particulièrement à la manœuvre. Problème pour elle: elle ne jouit pas d’un soutien unanime au sein de sa coalition gouvernementale. Ainsi, le socio-démocrate et ministre des Affaires étrangères Franz-Walter Steinmeier est partisan de couper le cordon rapidement avec Londres. Ce n’est pas non plus l’unanimité au sein de son propre parti. «Les négociations avec Londres doivent commencer immédiatement, a en particulier déclaré Manfred Weber, membre de l’Union chrétienne démocrate et président du groupe conservateur au Parlement européen. Un départ signifie un départ.»

La chancelière saura-t-elle tempérer les impatiences des uns pour les acquérir à sa vision conciliante et modérée? C’est ce que montreront les journées décisives qui viennent.

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