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Le Brexit annulé? Bruxelles en rêve encore

Et si le Royaume-Uni décidait, finalement, de rester dans l’Union européenne? A Bruxelles, quelques-uns ne veulent toujours pas l’exclure

Le premier à avoir allumé la mèche est… Nigel Farage. Interrogé le 11 janvier par la chaîne de télévision britannique Channel 5, l’ex-député européen du UKIP, le parti anti-UE à l’origine du vote sur le Brexit, réclame en direct un second référendum. Pourquoi? «Pour sceller l’affaire une fois pour toutes, pour clouer le bec aux remoaners [contraction de remainers, «ceux qui veulent rester», et moaners, «râleurs» en français] qui ne cesseront jamais de se plaindre.»

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Un précédent en Irlande

L’incendiaire antieuropéen ne renie donc rien. Au contraire. Mais le fait d’ouvrir la porte à un second vote n’a pas laissé indifférent, à Londres comme à Bruxelles: «Depuis le début, on veut considérer qu’il n’y aura pas de deuxième référendum sur le Brexit, comme le répète le gouvernement britannique», juge un ancien diplomate anglais, qui vit toujours dans la capitale belge après la fin de sa mission à la représentation du Royaume-Uni. «Mais souvenez-vous de ce qui s’est passé en Irlande, en 2009, pour l’adoption du Traité de Lisbonne. Les Irlandais, qui l’avaient rejeté un an plus tôt par 53,4% des voix [parce qu’il imposait une réforme de la constitution irlandaise, notamment sur la question de l’avortement], sont finalement retournés aux urnes et ont changé d’avis à 67%.»

Le doute est un argument diplomatique

La question reste de pure fiction. L’ouverture imminente de la seconde phase de négociations sur le Brexit a été approuvée par les 27 chefs d’Etat ou de gouvernement de l’Union européenne lors de leur sommet du 15 décembre à Bruxelles. Mais faire planer le doute est devenu, aussi, un argument diplomatique. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui vient d’annuler sa venue à Davos pour cause de souci de santé, l’a brandi en session plénière au Parlement européen, à Strasbourg, à la mi-anvier, estimant qu’«une fois que les Britanniques sont passés sous l’article 50 du traité européen [pour activer leur départ], il leur reste encore l’article 49 pour redevenir membre.»

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Provocation? Voire. «Il ne faut pas ignorer, dans le rapport de forces, le poids de l’opinion proeuropéenne qui demeure forte au Royaume-Uni» expliquait en décembre, lors d’une présentation devant l’Institut Jacques Delors à Paris, le négociateur européen Michel Barnier. La veille, dans un entretien au Figaro, ce dernier avait redit qu’un «retour reste toujours possible, si les 27 donnent leur accord». «On peut demain refermer le dossier de divorce. Cela aura été coûteux, dur, mais on aura beaucoup appris», complète un de ses collaborateurs.

«Les cœurs restent ouverts pour le Royaume-Uni»

A Bruxelles, l’idée est surtout mise en avant pour bien montrer que l’UE n’est pas à l’origine de la séparation, et qu’elle n’entend pas «punir» le Royaume-Uni, alors que vont s’engager les difficiles négociations commerciales et financières sur l’accès au marché unique – avec, au demeurant, d’importantes conséquences pour les pays tiers, dont la Suisse.

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Donald Tusk, le président polonais du Conseil, représentant des pays membres, en sait quelque chose. Dans son pays, l’opinion europhobe est chauffée à blanc par le parti «Droit et Justice» au pouvoir. Que penser lorsqu’il dit, lui aussi devant les eurodéputés, que «les cœurs restent ouverts pour le Royaume-Uni»?

Réponse du centriste Jean-Marie Cavada, élu au Parlement de Strasbourg, interrogé par France Info: «Plus l’Union européenne demeure ferme sur les principes et les conditions du divorce, comme c’est actuellement le cas avec succès, plus elle doit se montrer politiquement ouverte, prête à discuter de tout. Les brexiters continuent de parler de l’UE comme d’une nouvelle Union Soviétique. Nous devons, pour l’avenir, et face aux menaces populistes qui pèsent sur nos démocraties, démontrer qu’ils ont menti.»

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