Union européenne

Brexit: Bruxelles redoute le scénario du pire

La campagne officielle a démarré vendredi au Royaume-Uni. Un oui au référendum le 23 juin provoquerait un grand chambardement au sein de l’Union. D’ici là, des décisions importantes, y compris sur les relations bilatérales avec la Suisse, sont gelées

Un silence assourdissant règne à Bruxelles autour du référendum auquel les Britanniques sont conviés le 23 juin prochain sur leur future relation avec l’Union européenne (UE). Tant Jean-Claude Juncker, président de la Commission, que Donald Tusk, son homologue du Conseil, affirment qu’ils n’entendent pas se mêler des affaires intérieures d’un pays souverain. Et réalité, à l’approche de l’heure de la vérité, une sournoise inquiétude s’installe. «Lorsque je discute avec des décideurs, je comprends qu’ils soient inquiets, explique Giles Merritt, secrétaire général de Friends of Europe, un important centre d’analyses politiques basé dans la capitale européenne. Vue de Bruxelles, la situation est chaotique, opaque, imprévisible et guère encourageante.»

La preuve? Plusieurs sources internes à la Commission affirment que de grandes décisions sont toutes suspendues au vote des Britanniques. Notamment liées à la crise des réfugiés, aux relations avec la Russie ou encore à la mise en œuvre de l’accord sur le climat. Jean Russotto, avocat suisse installé à Bruxelles et grand observateur des affaires européennes, a noté une discipline de langage observée par les hauts fonctionnaires. «L’objectif est de rien prononcer qui puisse avoir une influence négative sur le vote, explique-t-il. La peur d’une désintégration de l’UE est dans les esprits.»

Les relations bilatérales Suisse-UE offrent un bon exemple d’un dossier en panne. Il ne s’agit certes pas d’une priorité pour Bruxelles. Il n’empêche que le message envoyé à Berne est clair: nos diplomates sont priés de passer après le 24 juin. «Voire dans deux ou trois ans si le Brexit [la sortie du Royaume-Uni de l’UE] est accepté, explique un haut fonctionnaire européen. Car nous serons sans doute très occupés à assumer la mise en œuvre d’un tel vote.»

Selon le patron du Friends of Europe, Bruxelles craint le scénario du pire. «Mais certains stratèges ne désespèrent pas. Pour eux, le Brexit ne sera pas une fatalité, explique-t-il. Ce sera le début d’une nouvelle Europe composée d’un groupe restreint de pays mais acquis au principe de la convergence.» Pour les pessimistes, le Brexit signifiera l’implosion de l’Union à Vingt-Huit. «D’autres Etats voudront suivre l’exemple britannique et redéfinir leurs relations avec Bruxelles», poursuit Giles Merritt. La grande crainte est que les partis extrémistes capitalisent sur le Brexit et gagnent du terrain, notamment en France, en Allemagne et aux Pays-Bas où se tiennent d’importants scrutins nationaux en 2017.

En refusant l’accord d’association UE-Ukraine lors du référendum le 6 avril dernier, les Néerlandais ont, selon Giles Merritt, lancé un sérieux avertissement. «Ils ont mis en évidence le malaise anti-européen qui prévaut non seulement aux Pays-Bas mais dans l’ensemble des Etats membres, dit le spécialiste. Mais un vote pour le Brexit sera un désastre.» Britannique lui-même, il estime que les dirigeants européens devraient se mouiller dans la campagne au Royaume-Uni, qui a officiellement débuté hier, et expliquer les enjeux du vote pour le projet européen.

Plus optimiste, Michael Leigh, politologue attaché au German Marshall Fund, autre centre d’analyses à Bruxelles, ne partage pas cet avis. «Jean-Claude Juncker et Donald Tusk ont fait le nécessaire en concluant un accord sur les futures relations avec Londres, dit-il. C’est aux dirigeants britanniques maintenant de convaincre les électeurs.» Le politologue prédit une victoire du camp de Brit-In le 23 juin. «Lorsque les Britanniques seront face au bulletin de vote, ils ne choisiront pas l’inconnu, dit-il. Le camp du Brexit n’a pas présenté un projet de société alternatif.» Michael Leigh estime par ailleurs que les Panama Papers, qui ont mis le premier ministre David Cameron dans une mauvaise posture, ne seront pas non plus déterminants pour le vote. Il n’exclut toutefois pas une surprise. Bruxelles devra alors assumer la difficile tâche d’organiser la sortie du Royaume-Uni de l’Union. «Les décideurs ne pourront pas se consacrer aux dossiers importants que sont la sécurité, le terrorisme et l’économie», souligne-t-il.

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