Le jeudi 23 juin, dans exactement cinq semaines, les Britanniques se rendront aux urnes pour répondre à l’une des plus importantes questions de leur vie d’électeur: «Le Royaume-Uni doit-il rester un membre de l’Union Européenne (UE) ou quitter cette dernière?»

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A l’heure actuelle, les deux camps restent dans un mouchoir de poche. Depuis six mois, les sondages indiquent qu’aucun des deux n’a réussi une véritable percée, le «Remain», en faveur du maintien dans l’UE, conservant une très légère avance: la moyenne des sondages de la dernière semaine lui donne 53%, contre 47% pour le «Leave», qui prône l’abandon de l’UE. «Depuis l’automne, sur plus d’une centaine de sondages, le soutien pour les deux camps est resté le même», analyse John Curtice, politologue à l’institut NatCen Social Research.

L’indécision des Britanniques vient peut-être de l’étrange ton de la campagne électorale. «Deux camps s’affrontent: ceux qui veulent à moitié rester dans l’UE, et encore en râlant, et ceux qui veulent vraiment partir», résume Anand Menon, du think tank UK in a Changing Europe. Gris clair contre gris foncé.

La campagne a pris une tournure hystérique

David Cameron, le premier ministre conservateur, ancien d’Eton et d’Oxford, estime que l’UE est un mal nécessaire, garantissant au Royaume-Uni une influence internationale et un accès au marché unique. Boris Johnson, le leader charismatique du «Brexit», conservateur et ancien d’Eton et d’Oxford lui aussi, réplique que le pays est tiré économiquement vers le bas par ce club à l’administration lourde qu’est l’UE et qu’il a perdu sa souveraineté.

Les rares discours enthousiastes envers l’UE sont renvoyés aux franges des libéraux démocrates et à l’Ecosse. Quant aux travaillistes, ils sont restés jusqu’à présent très en retrait d’un débat qu’ils n’ont jamais demandé.

Entre l’enjeu historique du scrutin et le débat de clochers au sein des conservateurs, la campagne a pris une tournure presque hystérique. Selon David Cameron, un «Brexit» risquerait de provoquer une guerre. «A chaque fois que nous avons tourné notre dos à l’Europe, nous l’avons ensuite regretté», a-t-il lancé, évoquant la Seconde guerre mondiale. Boris Johnson a de son côté comparé l’UE à Hitler, qui avait la même volonté d’unifier l’Europe.

Derrière ces surenchères rhétoriques, l’affrontement se résume pourtant à deux grands thèmes: l’immigration contre l’économie. Selon les sondages, les partisans du «Brexit» gagnent sur le premier tableau, estimant que la libre circulation au sein de l’UE rend impossible le contrôle des frontières. Pour limiter l’immigration, il faut sortir, disent-ils.

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En revanche, ils perdent sur le terrain de l’économie. La majorité des Britanniques pense que le Royaume-Uni perdrait financièrement à se détacher des Vingt-Huit. Pour les convaincre, David Cameron a appelé à la rescousse toutes les grandes institutions économiques: FMI, banque d’Angleterre, OCDE… Leur conclusion est toujours la même: le «Brexit» couperait le pays du marché unique et mettrait en danger la croissance.