Europe

Brexit: ce que contient la lettre de divorce du Royaume-Uni

La première ministre britannique Theresa May souhaite négocier une nouvelle relation avec ses partenaires européens parallèlement à la sortie de l’UE

Le compte à rebours a commencé ce mercredi à 13h30, quand l’ambassadeur britannique auprès de l’Union européenne Tim Barrow a remis la lettre de la première ministre britannique Theresa May, activant la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne (UE) après 44 ans de ménage commun.

Selon l’article 50 du traité de Lisbonne, qui règle le cas où un Etat membre voudrait quitter le club européen, Londres et Bruxelles ont désormais deux ans pour s’entendre sur les modalités du divorce.

«Cher président Tusk»

La lettre est adressée au président du Conseil européen Donald Tusk. «Cher président Tusk», commence Theresa May, une formule de politesse écrite de sa main. La première ministre rappelle ensuite que la décision de quitter l’UE, elle n’y était pas favorable, a été prise par le peuple britannique. C’était le 23 juin 2016, à une courte majorité, 52% des voix. Une décision récemment approuvée par le parlement et la reine.

Une fois drapée dans cette légitimité démocratique, Theresa May écrit que les Britanniques «veulent quitter l’UE, mais pas l’Europe». «Nous voulons rester des partenaires et des alliés engagés à nos amis sur le continent.»

Cette nouvelle relation après le divorce est dans l’intérêt «non seulement du Royaume-Uni mais aussi de l’Union européenne et du monde en général», plaide Theresa May. La première ministre prône donc l’ouverture de négociations sur la future collaboration avec l’UE parallèlement à la procédure de divorce. Cette exigence mise en avant par Londres et contestée par Bruxelles, qui veut d’abord solder la séparation, risque d’être un point d’achoppement majeur dans les discussions.

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Dans cette bataille, Londres a quelques atouts dans son jeu. Si le Royaume-Uni devait quitter l’UE sans accord commercial avec ses partenaires européens, ces derniers n’auraient aucun accès préférentiel au marché britannique, écrit-elle en substance. De la même manière, dans le domaine de la sécurité, «notre coopération dans la lutte contre le crime et la sécurité serait affaiblie […] ce n’est pas le résultat que les deux parties veulent».

«Un traité de libre-échange ambitieux»

Theresa May propose ainsi à ses partenaires européens de commencer dès maintenant des négociations sur un «un traité de libre-échange intelligent et ambitieux». Il couvrirait tous les secteurs cruciaux pour les économies britannique et européenne, très interdépendantes, comme la finance ou l’industrie.

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Pour appuyer son propos, Theresa May invoque «l’intérêt des citoyens» de part et d’autre de la Manche. «Au moment où le commerce global ralentit et que les instincts protectionnistes augmentent dans de nombreux pays du monde, l’Europe a la responsabilité de se battre pour le libre-échange.» Quant à la sécurité du continent, elle est «plus fragile que jamais depuis la fin de la Guerre froide».

Concrètement, le Royaume-Uni va commencer par abroger la loi (the European Communities Act datant de 1972) par laquelle les règles européennes s’appliquent dans le pays. De nouvelles lois seront passées pour intégrer les acquis européens. Theresa May promet d’autres législations spécifiques pour rassurer l’économie et éviter l’incertitude.

La première ministre propose aussi à ses partenaires européens de parvenir à un accord rapide sur le statut des ressortissants européens établis en Grande-Bretagne et réciproquement des Britanniques sur le continent. Les expatriés craignent en effet de servir de monnaie d’échange dans ces négociations qui s’annoncent extrêmement difficiles.

Message à l’Ecosse

L’une des priorités également affichée dans sa lettre est la nécessité de ne pas rétablir de frontière entre la province britannique d’Irlande du Nord et la République d’Irlande. «Nous devons faire attention à la relation unique du Royaume-Uni avec la République d’Irlande et l’importance du processus de pays en Irlande du Nord. Nous voulons éviter un retour aux frontières dures entre nos deux pays».

Enfin, elle envoie un message à l’Ecosse qui réclame un nouveau référendum d’indépendance en promettant de consulter «pleinement pour savoir quels pouvoirs (rapatriés de Bruxelles, ndlr) doivent rester à Westminster et lesquels peuvent être décentralisés en Ecosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord».

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