Après 47 ans de mariage orageux, les amarres sont larguées: le Royaume-Uni s'est affranchi jeudi à minuit (heure suisse) des règles européennes. C'est un «moment incroyable» mais lourd en défis, a lancé le premier ministre Boris Johnson, grand artisan du Brexit.

À 23h locales, sans effusion de joie au sein d'une population en grande partie confinée, le Royaume-Uni a cessé d'appliquer les règles de l'UE. Il est sorti du marché unique et de l'union douanière européens.

Quatre ans et demi après un référendum qui a sonné la victoire du «leave» à 52%, prenant le monde de court, c'est l'aboutissement du Brexit pour le pays, sorti officiellement de l'UE le 31 janvier, mais ayant bénéficié d'une période transitoire pour amortir le choc.

«C'est un moment incroyable. Nous avons notre liberté entre nos mains et il nous revient d'en tirer le meilleur parti», s'est félicité dans ses vœux Boris Johnson. Il a assuré que le Royaume-Uni serait «ouvert, généreux, tourné vers l'extérieur».

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Retour des contrôles douaniers

L'accord de libre-échange, sans quota ni droit de douane, conclu in extremis avec Bruxelles évite une rupture trop abrupte qui aurait créé le chaos à la frontière voire des pénuries. Mais le bouleversement est réel: la libre circulation permettant aux marchandises comme aux personnes de passer sans entrave la frontière a pris fin – sauf entre l'Espagne et l'enclave britannique de Gibraltar.


Le cas de Gibraltar

Jeudi, Londres et Madrid sont parvenus à «un accord de principe» à propos de Gibraltar, qui permettra de maintenir la liberté de mouvement à la frontière entre l'Espagne et l'enclave britannique située au sud de la péninsule ibérique, a annoncé jeudi la ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha Gonzalez Laya.

Les accords de Schengen, qui garantissent la libre circulation des personnes entre 26 Etats européens sans contrôle des passeports, s'appliqueront désormais à Gibraltar.

Depuis l'accord post-Brexit conclu le 24 décembre par Londres et Bruxelles, qui ne s'appliquait pas au cas de Gibraltar, l'Espagne et le Royaume-Uni étaient engagés dans une véritable course contre la montre pour éviter le retour à Gibraltar d'une frontière qualifiée de «dure».

Quelque 15.000 personnes – dans leur grande majorité des Espagnols – résidant en Espagne traversent tous les jours la frontière pour aller travailler dans l'enclave britannique.


Il faut désormais remplir des déclarations de douanes et subir des inspections sanitaires pour exporter à travers la Manche, un titre de séjour pour s'installer de l'autre côté, et un certificat sanitaire pour les chiens et chats britanniques voyageant vers l'UE.

S'agissant des touristes, rien ne change vraiment, mais il faudra à terme se munir de son passeport.

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Sur le plan politique, Boris Johnson doit tourner la page d'une saga qui l'a emmené au plus haut de l'échelle politique, mais a profondément divisé les Britanniques, à l'image de sa propre famille puisque son père Stanley Johnson, qui se dit «toujours européen», a demandé la nationalité française (lire ci-dessous).

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Unité britannique fissurée

Les ambitions mondiales du Royaume-Uni risquent de se heurter au départ de Donald Trump, Brexiter convaincu contrairement à son successeur à la Maison-Blanche, Joe Biden. L'unité du royaume est fissurée et les velléités d'indépendance de l'Écosse, qui a voté à une large majorité pour rester dans l'UE, sont ravivées.

Contrairement à l'UE, le gouvernement britannique a décidé de mettre en oeuvre graduellement les contrôles douaniers, qui ne concerneront toutes les marchandises qu'à partir de juillet. Il ne s'attend pas à de grandes perturbations dans les prochains jours, même s'il craint que jusqu'à la moitié des PME exportatrices ne soient pas prêtes.


Le père de Boris Johnson demande le passeport français

Le père de Boris Johnson a déclaré jeudi vouloir prendre la nationalité française et garder ainsi «un lien» avec l'Union européenne.

«Si j'ai bien compris, je suis français. Ma mère était née en France, sa mère était entièrement française, également son grand-père», a expliqué Stanley Johnson, en français, sur la radio RTL. «Pour moi, c'est une question de réclamer ce que j'ai déjà et de ce fait, je suis très content», a-t-il ajouté, écartant ainsi toute saute d'humeur en réaction au Brexit que son fils pilotait depuis juillet 2019 en tant que Premier ministre.

Stanley Johnson a été l'un des premiers fonctionnaires britanniques à Bruxelles, membre du Parlement européen et de la Commission. D'abord anti-Brexit en 2016, il a tourné casaque l'année suivante. «Je serai toujours Européen, ça c'est sûr. On ne peut pas dire aux Anglais «vous n'êtes pas Européens». L'Europe c'est toujours plus que le Marché commun, c'est plus que l'Union européenne», a-t-il martelé.