Vraie intuition ou pensée magique? La théorie persiste depuis le début de la pandémie: l’Union européenne, satisfaite de sa coopération avec la Suisse pendant la crise et tout embourbée qu’elle est dans ses négociations avec Londres, pourrait mettre de l’eau dans son vin sur l’accord-cadre. Et opter pour un succès avec Berne, autant d’image que de fond, pour pousser Londres dans ses retranchements.

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La théorie est belle. Mais à Bruxelles, elle est de nouveau balayée en ce début de semaine. Attendre la fin des négociations avec Londres et croire que cela permettra de glaner des choses a toujours été «l’erreur fondamentale de la Suisse», jugeait déjà une source diplomatique quelques jours avant la votation du 27 septembre. La rudesse actuelle des pourparlers avec les Britanniques inciterait même d’autant moins à faire des concessions de dernière minute qui seraient aussitôt exploitées par Londres.

Pas de renégociations, mais des clarifications

La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, avait été très claire à Davos en prévenant Simonetta Sommaruga du risque de télescopage des deux négociations en fin d’année, et la Commission est allée au bout de ce qui était possible sur l’accord-cadre. La seule option reste donc les clarifications sans rouvrir le contenu de l’accord, fait-on savoir.

Pour Andreas Schwab, chef du dossier au Parlement européen, miser sur un parallèle Suisse-Royaume-Uni est inopérant, car «les situations n’ont rien à voir. Ils ont des statuts différents, ça ne sert absolument à rien de comparer.» L’élu allemand souhaite donc maintenant que le Conseil fédéral «assume courageusement» ce qu’il a lui-même négocié: «L’accord ne lui a pas été imposé.»

En décembre, cela fera en tout cas deux ans que ce projet aura été finalisé. Il est donc aussi envisageable dans le contexte actuel que la Commission n’ait plus beaucoup de patience vis-à-vis de Berne alors qu’elle doit gérer de nombreux points chauds, internes ou internationaux. Elle considère en outre avoir tenu sa parole lorsqu’il s’est agi de mettre l’accord-cadre sous le tapis en attendant la votation. Une parenthèse qui est aujourd’hui fermée et qui ne peut donc plus servir, aux yeux de Bruxelles, de prétexte pour reculer les décisions.

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