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Brexit: les étapes d'un interminable divorce


Ni dans la zone euro, ni dans l’espace Schengen, le Royaume-Uni n'a pas entièrement joué le jeu de l’intégration. En 2016, les Britanniques décident de quitter cette Union à laquelle ils appartiennent depuis 1973. Le mariage prendra fin le 29 mars 2019. Négociations des budgets, droits des citoyens, dialogue entre l’Irlande et l’Irlande du nord: retour sur les étapes d’un divorce agité.

  • «I want my money back»

    «I want my money back». Des mots simples qui provoquent un véritable tollé. Ils ont été prononcé par Margaret Thatcher (ci-dessus) au lendemain d’une conférence regroupant les neuf pays qui composaient la Communauté européenne. Membre depuis 1973, le Royaume-Uni, contributeur net, a toujours payé plus que ce qu’il ne recevait. La dame de fer réclamait son dû.

    En 1984, les Britanniques négocient le mécanisme du rabais. Depuis, «tout État membre supportant une charge budgétaire excessive […] est susceptible de bénéficier d’une correction». En 2014, malgré l'application du «chèque britannique», le Royaume-Uni paie toujours plus que ce qu’il ne reçoit, un des principaux arguments des «brexiteurs».

  • Les Britanniques approuvent la sortie de l'Union européenne

    Réélu en 2015, le Premier ministre, David Cameron, tient l’une de ses promesses de campagne et organise un référendum sur l'appartenance à l’Union européenne. Sous pression des eurosceptiques de son camp et face à la montée du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni, le but de David Cameron est de contraindre Bruxelles à négocier un nouveau statut, qui serait plus favorable à Londres. Des efforts insuffisants puisque le 23 juin 2016, les Britanniques votent en faveur d’une sortie (51,9% des voix). Le Royaume-Uni, devient le premier pays à décider de quitter de l’UE. David Cameron, partisan du maintien, démissionne le jour suivant.

    Les ministres des Affaires étrangères des six pays fondateurs (Allemagne, Belgique, France, Italie, Luxembourg et Pays-Bas) réagissent par une déclaration conjointe, dans laquelle ils disent attendre du gouvernement britannique «qu’il fasse preuve de clarté en donnant effet à cette décision dès que possible.» Fin juin, le leader du camp du Brexit, Boris Johnson, favori pour succéder à David Cameron, renonce à briguer le poste.

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  • Theresa May est nommée Première ministre

    Moins d'un mois après le referendum, Theresa May, une eurosceptique qui s'était finalement rangée dans le camp du maintien dans l'UE, devient Première ministre. La nouvelle locataire du 10 Downing Street, hérite d'un Royaume-Uni groggy et incertain quant à son avenir.

    Dès sa nomination, elle déclare fermement que le «Brexit signifie le Brexit» et qu'elle souhaite en faire un succès. Theresa May nomme Boris Johnson ministre des Affaires étrangères et David Davis, secrétaire d’Etat à la sortie de l’Union européenne: deux des personnalités parmi les plus antieuropéennes du parti conservateur. 

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  • Michel Barnier devient le «Monsieur Brexit» de l'UE

    Nommé fin juillet par le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, le Français Michel Barnier prend officiellement les fonctions de négociateur en chef chargé de préparer le Brexit. Ce vétéran des institutions bruxelloises compte d'abord sonder les avis des 27 Etats membres.

    Pour Bruxelles, il n'est pas question de négocier avec les Britanniques tant qu'ils n'auront pas activé la «clause de retrait» (l'article 50 du traité sur l'UE), encore jamais utilisée. Ce qui ne devrait pas survenir avant début 2017, malgré le vœu bruxellois de commencer «le plus tôt possible.» Une fois la rupture notifiée au Conseil de l'UE, s'ouvrira une période de deux ans pour négocier les modalités de sortie de l'Union. 

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  • Theresa May s'oriente vers un brexit «dur»

    Lors d’un discours prononcé depuis le manoir de Lancaster House, à Londres, Theresa May dévoile sa stratégie en défendant une rupture «claire et nette» avec l’Union européenne pour retrouver le contrôle de l’immigration. Ce discours très attendu après des mois à manier le flou, est salué par les eurosceptiques. «Le Royaume-Uni ne peut pas continuer à faire partie du marché unique», affirme la Première ministre. Alors qu’elle prévoit de déclencher la procédure de divorce d’ici la fin mars, prélude à deux ans de discussions, elle annonce qu’elle soumettra l’accord final au vote du Parlement britannique comme le réclamaient nombre de députés.

    Un maintien dans le marché unique de 500 millions de consommateurs est pour elle incompatible avec la priorité N° 1 de Londres: la maîtrise de l’immigration. Lors du référendum du 23 juin 2016, 52% des Britanniques avaient voté pour une sortie de l’UE et beaucoup ont cité l’immigration comme principale motivation. Après des mois d’incertitudes, la Première ministre marque une vraie rupture, lançant le pays sur la route d’un Brexit «dur».

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  • La procédure de retrait est enclenchée

    Le président du Conseil européen Donald Tusk reçoit la lettre de Theresa May activant l’article 50 du Traité de Lisbonne: le processus du Brexit est officiellement enclenché. Il doit durer deux ans et aboutir le 29 mars 2019 à minuit, heure de Londres. Le Parlement britannique avait définitivement adopté le projet de loi autorisant le gouvernement à lancer le Brexit le 13 mars. Le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, souhaite qu’un accord soit trouvé avant octobre 2018, pour que la procédure soit achevée dans les temps.

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  • Changement de majorité au Royaume-Uni

    Désireuse d’asseoir davantage son autorité avant d’entamer les négociations avec l’UE, Theresa May convoque des élections législatives anticipées. Elles se soldent, le 8 juin 2017, par un revers. Son parti conservateur perd la majorité absolue au Parlement et doit s’allier avec le petit parti ultra-conservateur nord-irlandais DUP.

    Le taux de participation (68,72%) est le plus élevé pour des élections législatives depuis 1997. La locataire du 10 Downing Street qui disposait d’une majorité de 17 sièges dans le Parlement sortant, espérait avoir les coudées franches pour négocier un Brexit «dur» avec les 27 à partir du 19 juin, un an après le référendum.

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  • Coup d'envoi officiel des négociations

    Près d’un an après le référendum, Royaume-Uni et Union européenne donnent le coup d’envoi officiel des négociations du Brexit. Trois groupes de travail sont mis en place, chacun étant chargé de traiter d’un sujet sensible. Au menu: le sort des expatriés européens au Royaume-Uni et des Britanniques dans l’UE, l’avenir de la frontière irlandaise et le «règlement financier» des engagements de Londres envers l’Union, évalué jusqu’à 100 milliards d’euros.

    Côte britannique, les difficultés du gouvernement s’accumulent. Theresa May est sous le feu des critiques pour sa gestion du terrible incendie de la tour Grenfell qui a fait 70 morts à Londres. Le Royaume-Uni avait par ailleurs été frappé quelques jours auparavant par l'attaque d’un véhicule sur des fidèles musulmans près d’une mosquée de la capitale. Celle-ci intervient après trois attentats revendiqués par l’organisation Etat islamique en trois mois dans le pays.

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  • Les députés britanniques approuvent la fin de la suprématie du droit européen

    La mise en œuvre du Brexit franchie une première étape législative au Parlement britannique avec l’approbation du projet de loi gouvernemental destiné à mettre fin à la suprématie du droit européen au Royaume-Uni. Après plusieurs heures de débat, les députés de la Chambre des communes ont voté à 326 voix pour le «Repeal bill», ce texte crucial dans le processus de sortie du pays de l’Union européenne, alors que 290 élus ont voté contre. 

    Baptisé «Loi de (retrait de) l’Union européenne», le texte vise à abroger «l’European Communities Act» de 1972 qui avait marqué l’adhésion du Royaume-Uni à l’UE et introduit la primauté du droit communautaire sur le droit britannique. 

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  • Revirement: Theresa May défend un Brexit «soft»

    Lors d’un discours à Florence, la première ministre affirme son intention de maintenir les liens actuels avec l’Europe pendant une période de transition d’environ deux ans après le Brexit. Cette période d’ajustement offrirait au Royaume-Uni la possibilité de continuer à commercer librement avec le bloc européen, ce que réclament les milieux d’affaires, inquiets d’une sortie sans filet.

    De son côté, l’Union européenne réclame une facture totale de sortie comprise entre 60 et 100 milliards d’euros, incluant des investissements d’infrastructures à plus long terme et le financement des fonctionnaires britanniques auprès de l’UE, un point de blocage dans les négociations. Sur la question centrale du droit des citoyens européens, Theresa May veut rassurer et affirme que les tribunaux britanniques devraient se référer à l’accord de sortie en «prenant en compte les jugements de la Cour de justice de l’UE» dans leurs décisions.

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  • Un accord initial est trouvé

    Après des mois de lents progrès, les événements se sont accélérés entre Theresa May et le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker. La Commission a indiqué qu'un accord de principe avait été trouvé, estimant désormais que les «progrès suffisants» exigés par les Européens dans trois domaines jugés clés avaient été réalisés: la gestion de la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord, le règlement financier de la séparation et les droits des citoyens expatriés.

    «En Irlande du Nord, nous garantirons qu'il n'y aura pas de frontière dure», assure Theresa May. En outre, la Commission garantit que les citoyens de l'Union vivant au Royaume-Uni et les citoyens britanniques installés dans l'UE conserveront les mêmes droits une fois que le Royaume-Uni aura quitté l'UE. Quant à la facture du Brexit, la locataire du 10 Downing Street souligne qu'elle serait «équitable» pour les contribuables britanniques, estimée entre 40 et 45 milliards d'euros par les médias. 

    Londres et Bruxelles avancent d'un pas vers le divorce
  • Ouverture d'une seconde phase de négociations

    Les 27 dirigeants de l'UE donnent leur accord pour passer à la phase suivante des négociations du Brexit. Donald Tusk, président du Conseil européen félicite Theresa May. Les 27 valident également les «progrès suffisants» réalisés sur les dossiers strictement liés à la séparation. 

  • Un premier accord sur une transition post-Brexit est publié

    Bruxelles et Londres franchissent un cap, alors jugé décisif, en se mettant d'accord sur une «large partie» du traité de sortie du Royaume-Uni de l'UE, en particulier sur les termes d'une «courte» période de transition post-Brexit. Celle-ci s'achèvera le 31 décembre 2020. Cette étape dans les négociations est rendue possible par un compromis provisoire, à défaut d'une solution, sur l'épineuse question d'un maintien d'une frontière invisible entre la province britannique d'Irlande du Nord et la République d'Irlande, devenue le principal point d'achoppement.

  • Londres propose une zone de libre échange avec l'Union européenne

    Theresa réunit ses ministres lors d'un séminaire à Chequers, sa résidence de campagne. Tous doivent s'entendre sur un «livre blanc» qui établira la position de Londres dans ses négociations avec Bruxelles. Elle propose notamment la création d'une «zone de libre échange» entre le Royaume-Uni et l'UE. Un accord qui doit permettre d'éviter les tensions commerciales et de respecter les engagements du gouvernement britannique envers l'Irlande du Nord. Cet adoucissement de la position britannique provoque la démission de deux poids lourds du gouvernement: David Davis ministre du Brexit, remplacé par l'eurosceptique Dominic Raab, et Boris Johnson secrétaire d'Etat des Affaires étrangères, à qui succède Jeremy Hunt.

     

  • Les dirigeants européens refusent les propositions de Theresa May

    Réunis à Salzbourg, en Autriche, les dirigeants européens rejettent les propositions britanniques. Le plan de Chequers «ne fonctionnera pas» pour Donald Tusk, qui demande à Londres de retravailler ses propositions. Dans la presse se dresse l'image d'une Theresa May humiliée. Après l'intensification des discussions, la gestion de la frontière entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord demeure un point délicat. Londres rejette la solution du «filet de sécurité», approuvée en décembre 2017 qui prévoyait un statut particulier pour l'Irlande du Nord faute d'autre solution, mais ne parvient pas à convaincre Bruxelles avec une alternative.

    Theresa May sur la corde raide
  • Un projet d'accord est conclu

    Après d'âpres discussions, les négociateurs européens et britanniques parviennent à un projet d'accord de divorce, qui doit encore être entériné au niveau politique à Londres et Bruxelles. Côté britannique, Theresa May convoquera ses ministres le lendemain pour examiner ce document. Long de plus de 550 pages, l'accord prévoit un «filet de sécurité» qui doit éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande du Nord et la république d'Irlande.

    Il implique également le maintien du Royaume-Uni tout entier dans un accord douanier avec l'UE, et pas seulement l'Irlande du Nord, comme cela avait été initialement proposé par Bruxelles. Theresa May doit réussir à faire accepter cet accord à son Parti conservateur, très divisé sur la question. Au sein des Tories, les partisans du Brexit craignent qu'un tel accord ne contraigne le Royaume-Uni à se plier aux règles commerciales de l'UE pendant des années, et l'empêche de véritablement couper les liens.

    Londres et Bruxelles s'accordent sur le Brexit
  • Le gouvernement britannique valide l'accord de sortie

    Theresa May obtient de haute lutte l’aval de son gouvernement au projet d’accord conclu la veille, lors d’un conseil des ministres marathon. Un accord qui, selon la Première ministre, permettra au Royaume-Uni, de reprendre le contrôle de «son argent, ses lois et ses frontières, mettra fin à la liberté de mouvement, protégera les emplois, la sécurité et son union.»

    La Première ministre doit encore convaincre le Parlement britannique de voter le texte, alors que son Parti conservateur est très divisé. Mais dans les rues, le projet d’accord a rallié les mécontents. Plusieurs dizaines de manifestants se sont rassemblés devant Downing Street pour réclamer le rejet du texte, à l’appel du groupe pro-Brexit «Leave means Leave».

    Attaquée de toutes parts, Theresa May continue à avancer en équilibriste sur le…
  • Londres ébranlée par une série de démissions

    Le ministre du Brexit Dominic Raab, la secrétaire d'Etat du Brexit Suella Braverman, Shailesh Vara le secrétaire d'Etat à l'Irlande du Nord, ainsi que la ministre du Travail Esther McVey, quittent le gouvernement. Malgré cette tempête, Theresa May fait planer la menace d'un retour en arrière sur le Brexit si elle n'obtenait pas de soutien pour son projet d'accord de divorce.

    Ces démissions confortent les partisans d'une sortie sans accord avec l'UE dans le propre camp de la première ministre. Elles éveillent aussi les partisans d'un second référendum sur le Brexit, une idée qui gagne du terrain et séduit naturellement les europhiles. Theresa May réaffirme cependant qu'elle n'appellerait pas à une telle consultation. Elle doit à présent convaincre les parlementaires de voter le projet en décembre, une fois qu'il sera entériné lors d'un sommet européen le 25 novembre.

    Theresa May en lutte pour sa survie politique
  • Bruxelles et Londres parviennent à un accord provisoire sur leur relation post-Brexit

    Le président du Conseil européen Donald Tusk annonce avoir envoyé aux 27 Etats-membres de l'Union européenne le projet de déclaration politique qui doit définir les relations futures entre l'UE et le Royaume-Uni.

    Ce texte, qui sera joint au traité de retrait du Royaume-Uni, «établit les paramètres d'un partenariat ambitieux, large, approfondi et flexible» en matière commerciale, de politique étrangère, de défense et de sécurité. Il prévoit notamment que la période de transition après la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne le 29 mars 2019 puisse être prolongée de «un an jusqu'à deux ans». 

     

Photos: Getty images, Reuteurs, AFP. Texte: Marie-Amaëlle Touré avec agences