Royaume-Uni

Brexit: le gouvernement britannique se dispute sur la voie à suivre

Entre ceux qui veulent rester dans le marché unique ou ceux qui souhaitent contrôler l’immigration européenne, les ministres britanniques se divisent

Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait? Plus de deux mois après le vote en faveur du Brexit, le gouvernement britannique en est là. Ce mercredi, pour sa première réunion de la rentrée, le conseil des ministres était convoqué pour une journée de réflexion à Chequers, la résidence de campagne de la première ministre, Theresa May.

Divisions au sein du gouvernement

Si le sujet est bien entendu sur toutes les lèvres, la forme que prendra le Brexit et sa vitesse d’exécution restent complètement inconnues. La première ministre avait ordonné aux ministres de plancher sur le sujet pendant l’été et de lui soumettre leurs propositions ce mercredi. En attendant d’y voir plus clair, elle s’est contentée de rappeler une vérité fondamentale, à l’ouverture de la réunion: «Le Brexit signifie le Brexit […]. Cela signifie qu’il n’y aura pas de second référendum, pas de tentative d’essayer de rester dans l’UE par la porte de derrière.»

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Reste que derrière cette volonté affichée, la mise en œuvre de la sortie de l’UE fait l’objet d’une âpre bataille au sein même du gouvernement. Deux groupes s’opposent: ceux qui veulent un «Brexit light», le plus proche possible du statu quo, et ceux qui préfèrent un «Brexit hard», avec un virage radical.

La libre circulation des personnes, point crucial

La première option, soutenue par Philip Hammond, le chancelier de l’Echiquier, consiste à rester dans le marché unique européen. Cette position reflète celle du patronat. La City en particulier souhaite conserver le fameux «passeport» européen, qui lui permet de vendre des produits financiers à travers l’UE. Mais cette option nécessite de conserver la libre circulation des personnes avec l’Europe, l’un des principes fondateurs de l’UE.

En face se trouvent les «Brexiters» du gouvernement: Boris Johnson, le très décoiffé ministre des affaires étrangères, étrangement silencieux cet été; David Davis, le ministre du Brexit, chargé des négociations avec Bruxelles; et Liam Fox, le ministre du commerce international, qui doit essayer de passer de nouveaux accords de libre-échange entre le Royaume-Uni et le reste du monde. Eux refusent de conserver la libre circulation des personnes. Ils estiment que les Britanniques ont voté pour limiter l’immigration européenne et qu’il est indispensable d’exécuter ce vœu. Et tant pis si cela signifie sortir d’un marché de 500 millions de consommateurs.

Jacob Rees-Mogg, l’un des députés favorables au «Brexit hard», remettait la pression mercredi. «Vouloir rester dans le marché unique est une façon codée de détourner le résultat du référendum. Le marché unique est le moteur de la régulation européenne, il va de pair avec la libre circulation des personnes, qui est justement ce qui a dégoûté les gens de l’UE.»

Pétition exigeant un calendrier précis

Les désaccords portent aussi sur le rythme du Brexit. En arrivant à Downing Street, Theresa May a habilement gagné du temps, en excluant de déclencher immédiatement le fameux article 50 du traité de Lisbonne, qui lancera officiellement les négociations de divorce entre Londres et Bruxelles. Elle a fait savoir qu’elle ne l’évoquerait pas avant début 2017. Mais des fuites dans la presse britannique évoquent désormais mi-2017, voire fin 2017, après les élections française et allemande. Cela repousserait la date effective du Brexit à fin 2019, la période de négociation prévue par l’article 50 étant de deux ans.

Cette temporisation commence à sérieusement agacer les gardiens du temple antieuropéen. «La première ministre doit expliquer ce qu’elle veut dire par «le Brexit veut dire le Brexit», estime le député conservateur Andrew Bridgen. On a besoin de viande rouge. On ne peut pas attendre jusqu’à Noël.»

Le groupe Leave.eu, proche du parti d’extrême droite UKIP, a lancé cette semaine une pétition exigeant que Theresa May fournisse un calendrier précis en vue du déclenchement de l’article 50. Celle-ci a déjà rassemblé un peu plus de 35 000 signatures.

Lutte interne

Pour compliquer le tout, une lutte de pouvoir se déroule au sein du gouvernement entre les trois «Brexiters», Boris Johnson, David Davis et Liam Fox. Le premier a passé l’été à repousser les tentatives de ses deux compères de lui prendre des pans entiers de ses prérogatives. La diplomatie commerciale, traditionnellement menée par le Foreign Office, fait l’objet d’âpres négociations.

Et même si les trois ministres arrivent à s’entendre, les nouveaux ministères sont loin d’avoir trouvé les employés nécessaires. Jusqu’à présent, les accords de libre-échange relevaient de la compétence… de l’Union Européenne. Le gouvernement britannique n’avait donc qu’une poignée de spécialistes de la question: une quarantaine au ministère de l’industrie, ainsi que quelques diplomates au ministère des affaires étrangères et au ministère de l’aide internationale.

Le nouveau ministère du commerce international a désormais sous ses ordres une centaine de spécialistes, loin du millier de personnes que souhaite avoir Liam Fox. Quant au ministère du Brexit, il n’aurait recruté que la moitié des deux cent cinquante fonctionnaires que David Davis souhaite obtenir. Pour l’instant, Londres n’est pas prêt.


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