Royaume-Uni

Le Brexit fait imploser le centre de la politique britannique

Trois députés conservateurs ont rejoint les huit travaillistes qui ont fait sécession ces derniers jours, formant une alliance centriste

Le Brexit est en train de rebattre les cartes politiques britanniques. Après deux ans et demi de violentes disputes internes au sein des partis conservateur et travailliste, une série de députés des deux camps ont finalement fait sécession. Lundi, sept élus travaillistes ont claqué la porte, formant un groupe indépendant au parlement. Un huitième les a suivis le lendemain. Ce mercredi, trois députées conservatrices les ont rejoints, formant désormais un noyau centriste conséquent de onze parlementaires.

«Nous sommes fatiguées de voir la politique britannique dominée par les extrémistes», a résumé Anna Soubry, l’une des trois élues conservatrices désormais au centre. La voix légèrement voilée, mais le regard déterminé, elle s’est lancée dans une violente diatribe contre les dérives du Parti conservateur sous la direction de Theresa May. «Le clan anti-européen qui a détruit tous les leaders conservateurs depuis quarante ans dirige désormais le parti de la tête aux pieds. Ils sont le Parti conservateur.» Elle le reconnaît: son camp, celui des «réformateurs», a perdu la bataille interne.

«Le parti nous emmène vers un saut de la falaise»

Pas de triomphalisme dans la sécession de ce mercredi, bien au contraire. Les trois élues partent parce qu’elles n’ont pas réussi à faire évoluer la politique de la première ministre britannique sur le Brexit. Theresa May continue à jouer la montre à l’approche de la date butoir du 29 mars, au risque de provoquer un «no deal» par accident. «Le parti nous emmène vers un saut de la falaise que représenterait un Brexit sans accord», accuse Sarah Wollaston, une autre démissionnaire.

Les trois députées conservatrices rejoignent huit travaillistes qui partagent essentiellement les mêmes valeurs: pro-business mais avec des considérations sociales, et anti-Brexit. Tous revendiquent l’organisation d’un deuxième référendum.

Un groupe indépendant

Pour l’instant, les onze députés ne forment pas un nouveau parti politique, même si l’idée reste à l’étude. Ils se contentent de créer un groupe indépendant à la Chambre des communes. Symboliquement, les trois conservatrices se sont donc assises ce mercredi sur les bancs de l’opposition, faisant face à Theresa May.

Sur le fond, ces démissions sont le constat, évident depuis des années, que leurs valeurs ne sont pas partagées par les leaders des deux grands partis britanniques. Côté conservateurs, le groupe dominant, même s’il n’est pas majoritaire, est celui des brexiters les plus durs, prônant une rupture violente avec l’Union européenne. Côté travaillistes, la direction de Jeremy Corbyn est contestée depuis son élection à la tête du parti en 2015: trop à gauche, trop radical, jugent ces centristes. Les démissionnaires ajoutent des accusations d’antisémitisme, que le leader travailliste aurait laissé se propager. Enfin, ils estiment que ce dernier laisse le Brexit avoir lieu, en refusant de soutenir activement un second référendum.

Un système défavorable aux petits partis

Si ces scissions ont été mûrement réfléchies, vont-elles changer l’équilibre politique? «Nos chances sont faibles», reconnaît Heidi Allen, la troisième députée conservatrice à faire défection. Le système électoral britannique majoritaire à un tour écrase les petits partis et les indépendants, au profit du bipartisme actuel.

A la Chambre des communes, avec onze élus, le groupe est plus important que celui du DUP, le petit parti nord-irlandais dont dépend Theresa May pour sa majorité. Mais il ne vient qu’ajouter à la fracturation de la Chambre basse, sans faire naître de nouvelle majorité. Difficile pour l’instant de voir comment ces démissions viendront changer la donne, sauf si elles font boule de neige dans les jours qui viennent.

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