Brexit

Avec le Brexit, l'Allemagne va dominer encore plus l'UE

L'idée de devenir encore davantage la puissance majeure en Europe n'enchante guère Berlin, qui perd un allié de poids en matière de politique économique

«C’est une cassure pour l’Europe, une cassure pour la construction européenne», a regretté vendredi Angela Merkel, annonçant une réunion de crise lundi à Berlin, avant un sommet européen à Bruxelles mardi et mercredi. La chancelière s’est dite «convaincue que l’Union européenne est suffisamment forte pour trouver les bonnes réponses» au Brexit.

Mais le Brexit est lourd de conséquences pour l’Allemagne, qui perd au sein des instances européennes un allié libéral à même de faire contrepoids face aux Français et aux Italiens, dont les positions sont souvent diamétralement à l’opposé de celles défendues par Angela Merkel lors des interminables sommets de l’UE.

La chancelière redoute également la relance d’un débat sur l’austérité. Déjà, son ministre de l’Economie, le social-démocrate Sigmar Gabriel, assure que le Brexit est «la chance d’un nouveau départ» pour l’Europe. Evoquant la situation «de la France de l’Espagne et de bien d’autres pays», le chef du SPD affirme qu’il y a certes dans ces pays «un grand besoin de réformes, mais en faisant uniquement des économies, on ne crée pas d’emplois en Europe». La sortie de la Grande-Bretagne de l’UE donne donc davantage de poids aux opposants de la ligne dure d’austérité défendue par Angela Merkel et son ministre des finances Wolfgang Schäuble.

«Le poids de l'Allemagne va augmenter dans l'UE»

Déjà en amont, le gouvernement allemand avait fait preuve de la plus grande fermeté : «dehors, c’est dehors», avait répété Wolfgang Schäuble, promettant aux Britanniques qu’ils n’obtiendraient pas un statut de relations privilégiées avec l’UE équivalent à celui des Norvégiens ou des Suisses.

«Pour l’Allemagne, il n’en va pas que des conséquences économiques, souligne Daniela Schwarzer, directrice du bureau berlinois du think-tank transatlantique German Marshall Fund. Pour les Allemands, il y a aussi des arguments stratégiques en jeu. Tout d’abord, le poids de l’Allemagne va augmenter au sein de l’Union européenne, ne serait-ce qu’à cause des faiblesses économiques et politiques de la France à l’heure actuelle. Déjà les Américains ont tendance à s’adresser à Bruxelles ou à Berlin lorsqu’ils veulent traiter avec l’Europe. Mais il faut bien voir que contrairement à ce qu’on croit souvent à l’étranger, ça n’arrange pas les Allemands qui exercent déjà de fait un rôle de leader au sein de l’UE depuis la crise grecque. Ce n’est pas dans la tradition politique allemande que d’exercer le leadership seul. Rien qu’en termes financiers, c’est au-dessus des forces des Allemands. Et puis avec le départ de la Grande-Bretagne, la façon de concevoir l’économie va évoluer au sein de l’Europe dans une direction contraire à celle des intérêts allemands. Londres a toujours été un allié de Berlin sur les questions économiques.»

Milieux d'affaires germaniques inquiets

La Grande Bretagne est le second partenaire commercial de l’Allemagne. Les liens commerciaux sont très étroits. Le Brexit pourrait coûter jusqu’à 45 milliards d’euros d’ici 2017 à l’économie allemande, selon les calculs de la DZ Bank qui n’écarte pas un risque de récession pour la République Fédérale. 2 500 entreprises allemandes sont installées en Grande Bretagne où elles emploient 370 000 salariés. 10% des investissements directs sur l’île proviennent d’Allemagne. L’Allemagne a par ailleurs exporté en 2015 pour 90 milliards d’euros vers l’Angleterre.

L’effondrement de la bourse allemande vendredi, qui a perdu 10% en quelques heures à l’ouverture de Francfort, est à la hauteur des inquiétudes des milieux d’affaires germaniques, qui redoutent les hausses de coûts liées à de nouvelles taxes et tracasseries administratives.

Le Brexit va-t-il relancer le débat autour d’une réforme de l’UE en Allemagne? «Beaucoup va dépendre de la réaction des marchés vendredi, estime Daniela Schwarzer. A mon avis, il n’y aura d’intervention politique que si les marchés sont sous une tension extrême. Mais je ne crois pas à un débat sur la réforme des institutions venant de Paris ou de Berlin. Le calendrier est très défavorable. Les deux pays sont déjà sous tension à cause des élections de 2017 en France et en Allemagne.»

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