L’experte

«Brexit ou pas, la liberté de circulation dans l’UE doit être repensée»

Sous le gouvernement de Tony Blair, l’ancienne ministre travailliste du développement Clare Short avait démissionné pour protester contre la guerre en Irak. Figure de la gauche britannique et favorable au maintien dans l’UE, elle estime néanmoins urgent de revoir la liberté de mouvement des travailleurs

Figure de la gauche britannique, militante des droits de l’homme, parlementaire Labour pendant près de trente ans, Clare Short juge le niveau du débat au Royaume-Uni déplorable, tout en estimant que l’UE doit impérativement retenir les leçons du vote.

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Le Temps: Bremain ou Brexit, comment les Britanniques vont-ils selon vous voter jeudi?

Clare Short: Je continue de penser, comme les «bookies» [les sociétés de paris] et les sondages, que le maintien dans l’UE va l’emporter au finish. Mais si tel est le cas, ce que je souhaite, la grande erreur serait de refermer le couvercle et d’estimer que le débat est définitivement tranché. Je suis atterrée par le niveau du débat dans cette campagne. Les deux camps se jettent à la figure des arguments qui, souvent, n’ont rien à voir avec la réalité. J’ai voté en 1975 pour l’entrée du Royaume-Uni dans la Communauté européenne, sur la base d’un constat réfléchi, argumenté, que nos dirigeants prenaient la peine de défendre. Aujourd’hui, tout n’est que critique, voire insultes. On a fait de l’Union européenne un épouvantail, et si le maintien dans l’UE l’emporte, ce sera à cause de la peur des conséquences d’une rupture. Je suis triste. Très triste.

- La question migratoire et la libre circulation des travailleurs européens ont été au cœur de la campagne. Une surprise?

- Non, car les problèmes soulevés par la libre circulation sont réels. Quels que soient les résultats, il faudra accepter de les poser et l’UE doit s’interroger. La libre circulation n’est pas une fin en soi. Est-il bon pour le développement économique de l’Union que des millions de travailleurs des pays de l’Est, bien formés et sous-payés, viennent s’établir au Royaume-Uni? Est-ce bon pour les pays en question? A-t-on réfléchi aux conséquences? C’est une banalité de le dire, mais la communauté européenne de 1975 était composée de six pays au niveau de développement équivalent ou à peu près. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Alors que fait-on? La libre circulation soit être repensée. C’est urgent car sinon, les peuples vont continuer de se retourner contre l’UE en l’accusant de tous les maux. Est-ce cela que l’on veut?

- Les Suisses se sont prononcés pour une restriction de la libre circulation. Le Royaume-Uni après le Brexit sera-t-il une deuxième Suisse?

- Je respecte beaucoup la Suisse, mais cette comparaison n’a aucun sens, vue de Genève ou de Londres. La Suisse a une histoire particulière. C’est un cas tout à fait à part. Elle est membre de l’espace Schengen. Elle a noué des relations bilatérales spécifiques. Le Royaume-Uni est dans une situation très différente. Le Brexit obligerait à défaire tout l’édifice de nos relations, avec ce que cela suppose de rancœur, de colère, de frustration. Et surtout, avec ce que cela peut entraîner pour les autres pays membres. C’est une aberration de comparer les deux cas.


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