Europe

Brexit: l’Irlande, symbole des contradictions du gouvernement britannique

Alors que Theresa May doit revenir à Bruxelles mercredi pour tenter d’arracher un accord, ses compromis sur l’Irlande s’écroulent sous le poids des contradictions

Les profondes contradictions dans lesquelles s’enfoncent les partisans du Brexit sont apparues au grand jour ce lundi à 13h40 précisément. A cette heure-là, Arlene Foster, qui dirige le DUP (Democratic Unionist Party), le premier parti unioniste nord-irlandais, est intervenue depuis Belfast: pas question d’accepter l’accord en gestation à Bruxelles, a-t-elle fait savoir en substance.

La première ministre britannique, Theresa May, qui était en plein déjeuner avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a dû reconnaître sa défaite temporaire. Après une conférence de presse rapide, elle est rentrée à Londres sans accord, humiliée. Elle doit en principe retourner à Bruxelles ce mercredi pour essayer d’arracher malgré tout un compromis.

Des objectifs irréconciliables

Derrière cette spectaculaire déconvenue se trouve l’impossible quadrature du cercle que représentent l’Irlande du Nord et le Brexit. Trois objectifs irréconciliables se font concurrence.

Le premier est la décision de Theresa May de quitter le marché unique européen et l’union douanière, qui garantissent les mêmes réglementations et les mêmes droits de douane dans toute l’Union européenne. En soi, cette sortie est possible, mais sa conséquence inévitable est l’instauration d’une frontière entre le Royaume-Uni et l’Union européenne: il faudra désormais superviser la circulation des marchandises, par exemple pour faire payer les droits de douane.

Le deuxième objectif est celui de la République d’Irlande, qui ne veut surtout pas du retour d’une frontière avec l’Irlande du Nord. Les «troubles», qui ont fait 3500 morts entre 1969 et 1998, sont encore trop frais dans les mémoires. L’implantation de postes de douane risquerait d’offrir une cible idéale pour les groupuscules paramilitaires qui existent encore.

Une frontière voulue par Londres mais refusée par l'Irlande

Economiquement, cela pose aussi de très sérieux problèmes. Il est aujourd’hui possible d’aller consulter un médecin en Irlande du Nord et d’acheter ses médicaments dans une pharmacie au sud, et vice-versa. De nombreuses vaches sont élevées d’un côté de la frontière et sont traites de l’autre. Le marché de l’électricité est unifié. Tout cela est organisé sous l’égide du marché unique européen.

Face à cette contradiction – une frontière voulue par Londres mais pas en Irlande –, une solution simple s’offre à tous: un statut spécial pour l’Irlande du Nord. Cette province pourrait rester dans le marché unique, tandis que la Grande-Bretagne (Angleterre, Ecosse et pays de Galles) en sortirait. La frontière se retrouverait alors autour de l’île irlandaise, au niveau des ports et des aéroports.

C’est là que le troisième objectif, celui du DUP, intervient. La raison d’être de ce parti protestant est de garder l’Irlande du Nord dans le Royaume-Uni. Pas question d’instaurer une frontière «est-ouest» qui diviserait le pays, même symboliquement. La situation est d’autant plus compliquée que Theresa May dépend des dix députés du DUP pour conserver sa majorité absolue à la Chambre des communes.

Il faudra trancher tôt ou tard

Face à ce nœud gordien, les diplomates tentent de repousser l’échéance. L’Irlande voulait une déclaration formelle de Londres promettant qu’il n’y aurait à l’avenir «pas de divergence réglementaire» avec l’Irlande du Nord. Theresa May a suggéré des mots plus flous, promettant un «alignement réglementaire». Bruxelles était d’accord. Mais le DUP n’a rien voulu entendre.

Il est possible qu’un compromis diplomatico-linguistique soit trouvé dans les jours qui viennent. Cela permettrait de passer à la fameuse «phase 2» des négociations, et de s’attaquer enfin aux discussions sur les futures relations commerciales entre l’UE et le Royaume-Uni. Mais cela ne ferait que repousser le problème. Tôt ou tard, il faudra trancher. A moins, bien sûr, que Theresa May ne renonce à quitter le marché unique et l’union douanière…

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