Royaume-Uni

Et si le Brexit n’avait pas lieu?

Avec un gouvernement britannique à bout de souffle et sans stratégie, certains poussent à annuler le Brexit. Peu y croient vraiment

Son discours catastrophique face au Parti conservateur la semaine dernière a achevé son reste de crédibilité: prise d’une quinte de toux, surprise par un comique qui lui a remis une fausse lettre de licenciement, ridiculisée par un décor qui s’effondrait autour d’elle, Theresa May est plus affaiblie que jamais, minée par les conflits internes. Si bien que la première ministre britannique devient inaudible, y compris pour la plus importante de ses tâches: le Brexit.

Face aux convulsions politiques internes au Royaume-Uni, et alors que les négociations avec Bruxelles patinent, une question commence à pointer: et si le Brexit n’avait pas lieu? Et si les Britanniques y renonçaient? Theresa May semble avoir encore renforcé cette idée, en refusant mardi de dire si elle voterait pour sortir de l’UE si le référendum était organisé aujourd’hui.

Promesses intenables

Au Royaume-Uni, quelques voix insistantes du côté des pro-européens commencent à se faire entendre. «Le Brexit n’est absolument pas inévitable», veut croire Chuka Umunna, un député travailliste influent. Selon lui, le processus de négociation avec Bruxelles a démontré que les promesses du Brexit étaient au mieux un doux rêve: «De plus en plus, les électeurs demandent: «Si l’accord final entre le Royaume-Uni et l’UE est différent de ce qu’on nous avait promis, est-ce qu’on peut arrêter le Brexit?»

Nick Clegg, l’ancien vice-premier ministre britannique, vient de son côté de publier un livre intitulé: Comment arrêter le Brexit. Lui aussi pense que les anti-européens ne doivent leur victoire qu’à leurs mensonges. «Ceux qui ont voté le Brexit l’ont fait parce qu’on leur avait promis des choses formidables: 350 millions de livres (450 millions de francs) par mois pour le NHS (le service de santé), une réduction de la TVA, le contrôle complet de nos frontières… Je ne vois aucune possibilité que ces promesses soient tenues. Sur cette base, il n’est pas illégitime que les gens demandent à réfléchir à nouveau.»

Le problème est que Chuka Umunna et Nick Clegg sont aujourd’hui marginalisés. Le premier a été asphyxié au sein du Labour par son leader, Jeremy Corbyn. Le second est membre des libéraux-démocrates, qui n’ont plus que neuf députés à la Chambre des communes.

Impossible retour en arrière

Du côté de ceux qui sont au pouvoir, en revanche, l’idée de mettre fin au Brexit est généralement écartée. Chez les conservateurs, c’est exclu. Theresa May ne doit sa survie politique qu’au soutien des Brexiters. Impossible pour elle de faire demi-tour, sauf à commettre un suicide politique. «Il n’y a pas de deuxième référendum, lançait-elle ce mercredi à la Chambre des communes. Les Britanniques ont voté et nous quitterons l’UE en mars 2019.» Impossible également d’imaginer qu’un éventuel successeur choisisse de s’opposer au Brexit: ceux qui élisent le leader sont les membres du parti, dans leur immense majorité farouchement anti-européens.

Chez les travaillistes, la position est plus nuancée, mais peu imaginent de bloquer le processus. Le ministre du Brexit du cabinet fantôme, Keir Starmer, confie au Temps: «En tant qu’avocat, je ne vois pas comment il serait possible (que le Brexit n’ait pas lieu, ndlr). Selon l’article 50 (du traité de Lisbonne, déclenché par Theresa May et qui prévoit deux ans de négociations, ndlr), nous sortirons de l’UE en mars 2019.» En clair, le mécanisme légal est lancé et il semble impossible de l’arrêter. Même si Londres et Bruxelles se mettent d’accord sur une période de transition post-2019 pour maintenir le statu quo, le retrait serait légalement en vigueur, impossible à annuler.

Peut-on quitter les traités européens et trouver notre propre version d’une relation avec l’UE comme celle de la Suisse ou de la Norvège?

Denis MacShane, un ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair

Il reste pourtant un autre scénario, qui est celui auquel se raccrochent les pro-européens. Nick Clegg lui-même reconnaît que le processus légal en cours rend un Brexit en mars 2019 presque inévitable. Mais il espère que dans un second temps, les négociations permettront un accord avec Bruxelles très proche du statu quo. «On ne peut pas revenir en arrière. Mais l’UE se dirige vers une structure faite de différents cercles concentriques. Je crois qu’avec un peu d’imagination et de flexibilité de la part des Européens, nous pourrions revenir dans l’une de ses orbites éloignées.»

Denis MacShane, un ancien ministre des Affaires européennes de Tony Blair, partage cette analyse. «Est-ce que la Grande-Bretagne peut limiter le Brexit à un simple Brexit politique?» s’interroge-t-il dans son récent livre, Brexit, no exit. Il prend l’exemple de la Suisse, où le vote pour contrôler l’immigration européenne en 2014 s’est finalement traduit par un simple changement des règles du marché du travail. «Peut-on de même quitter les traités européens et trouver notre propre version d’une relation avec l’UE comme celle de la Suisse ou de la Norvège?» espère-t-il. Dans ce scénario, le Brexit aurait lieu mais la rupture profonde dont parlent les plus anti-européens n’aurait pas lieu. Stricto sensu, le résultat du référendum de juin 2016 aurait été respecté, mais la réalité ressemblerait à un compromis entre les deux camps.

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