Va-t-on enfin savoir ce que les députés britanniques veulent? Après avoir voté contre l’accord du Brexit de Theresa May à deux reprises, après avoir voté contre le «no deal» à deux reprises, après avoir dit non à tout, la Chambre des communes prend ce mercredi le pouvoir. Et pourrait, peut-être, commencer à trouver une issue à l’impasse actuelle.

Dans une situation constitutionnelle sans précédent, les députés ont voté lundi soir par 329 voix contre 302 pour saisir l’ordre du jour, qui est normalement une prérogative du gouvernement. La défaite, une de plus pour Theresa May, qui n’a décidément plus d’autorité sur personne, permet à la Chambre des communes de mettre en place ce mercredi une série de «votes indicatifs». Au lieu de voter «aye» ou «no» comme à leur habitude, les députés britanniques vont avoir un bulletin à choix multiples, proposant plusieurs solutions du Brexit.

La liste des options n’est pas encore définie précisément – ce ne sera fait que ce mercredi par le speaker de la Chambre –, mais les grandes lignes sont connues. Les députés devront choisir entre une sortie de l’Union européenne sans accord, l’accord de Theresa May, rester dans l’union douanière et/ou le marché unique européen, l’organisation d’un second référendum ou la révocation pure et simple du Brexit. Face à chaque option, les députés devront cocher «oui» ou «non». De cette façon, les organisateurs de cette prise de pouvoir parlementaire – une alliance de députés travaillistes et conservateurs – espèrent faire émerger une majorité.

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Questionnaire à choix multiple

Mais ils ne sont pas sûrs d’y parvenir. «Cette prétendue solution du «parlement reprenant le pouvoir» sera aussi chaotique et aussi bloquée que la situation actuelle», s’agace Sammy Wilson, un député du Democratic Unionist Party (DUP), le parti nord-irlandais qui est fermement opposé à l’accord de Theresa May. Conscients que les résultats d’un questionnaire à choix multiples risquent effectivement d’être compliqués, les organisateurs du scrutin ont donc prévu une deuxième journée de vote lundi prochain, le 1er avril. Ce jour-là, les députés devront voter sur les options qui auront été les plus populaires la première fois, éliminant les autres. Oliver Letwin, l’ancien ministre conservateur qui est à l’origine du processus, n’exclut pas qu’un troisième tour de scrutin soit même nécessaire. Les interminables débats des Communes, dans une atmosphère de grand-guignol, sont loin d’être finis.

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Mais quelle que soit l’issue du vote, une chose est presque certaine: les députés se dirigent vers un Brexit «doux». Leur objectif est de mettre à jour la majorité «centriste» du parlement, qui veut respecter le résultat du référendum de 2016 mais ne veut pas trop s’éloigner économiquement de l’Union européenne. L’identité des organisateurs du scrutin est révélatrice: côté conservateur, on trouve Oliver Letwin et Nick Boles, deux députés qui étaient proches de l’ancien premier ministre David Cameron; côté travailliste se trouvent Yvette Cooper et Hilary Benn, qui sont très opposés à Jeremy Corbyn, leur leader actuel.

Le risque du «no deal», qui se déclenche théoriquement le 12 avril si aucune solution n’est trouvée, semble donc s’éloigner. Certes, il faut que le gouvernement britannique retourne voir la Commission européenne avec le plan qui émergerait des Communes et que les Vingt-Sept l’acceptent. Mais si ce que suggèrent les députés est un objectif réaliste (par exemple rester dans le marché unique), l’UE accordera très probablement le délai nécessaire à le négocier et le ratifier.

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Le temps des rumeurs

A moins qu’un coup de théâtre ait lieu d’ici là. Car ces manigances parlementaires commencent à peser sur les brexiters les plus durs. Eux qui rêvaient d’un «no deal» craignent de voir le Brexit leur échapper complètement, voire d’être annulé. «La première ministre ne veut pas de «no deal», le Conseil des ministres ne veut pas de «no deal», le parlement ne veut pas de «no deal». C’est difficile dans ces circonstances de voir comment le Royaume-Uni sortirait sans accord», regrette Jacob Rees-Mogg, l’un des leaders des brexiters. A tel point qu’il laisse entendre qu’il pourrait peut-être soutenir l’accord de Theresa May, qu’il a pourtant rejeté à deux reprises. «Est-ce que cet accord est pire que de ne pas sortir de l’UE? Non, absolument pas.»

Du coup, les rumeurs d’un troisième vote sur l’accord de Theresa May ont refait surface. Celui-ci pourrait être organisé dès jeudi. Andrea Leadsom, ministre chargé des relations avec le parlement, refuse de confirmer, mais ne dément pas non plus.

Pour l’instant, la première ministre britannique ne dispose toujours pas de majorité. Le DUP continue à s’opposer fermement à son plan. Mais d’ici à quarante-huit heures, après le «vote indicatif» des Communes, qui sait? D’autant que Theresa May a donné rendez-vous ce mercredi à 17h à l’ensemble de ses députés. Pour leur annoncer quoi? La machine à rumeurs envisage une possible démission, conditionnelle à un soutien à son accord sur le Brexit. L’incroyable saga de ces derniers mois n’en est pas à son dernier rebondissement.