Nouvelles frontières

Le Brexit, les pronostics et un Plan B

Dans un mois les Britanniques se prononceront sur une sortie de l’UE. Comment l’Europe s’y prépare-t-elle?

Le vote sur le Brexit, c’est dans un mois. Chez mes voisins de la rubrique économique du Temps/L’Hebdo, les pronostics sont lancés. La tendance est claire: le non l’emportera, de peu, mais les jeux sont faits. Logique: tous les scénarios issus des instituts économiques, des analystes bancaires, mais aussi des organisations internationales ou des think tanks européens prédisent des répercussions désastreuses pour l’économie de l’île en cas de divorce. Les Britanniques étant un peuple avant tout rationnel et raisonnable, la conclusion s’impose: le désamour de l’UE ne saurait primer sur l’intérêt du porte-monnaie. Ce sera non.

Envisager le pire

Pour ma part, j’ai fait le pari que ce serait un non ferme de 57% (un peu par provocation, il est vrai, pour faire monter les enchères). Je veux pourtant croire à un sursaut non seulement fondé sur un froid calcul financier mais aussi sur la nécessité politique du maintien d’une Union dont les Britanniques ont tout à gagner. En 1975, lors d’un premier référendum sur l’appartenance à la Communauté européenne, plus de 67% des Britanniques s’y étaient montrés finalement favorables.

Bien sûr les temps ont changé. Alors que les Américains pourraient porter à leur présidence un Donald Trump, tout semble possible. Y compris un Brexit. C’est pourquoi Bruxelles a dû se résoudre à envisager ce scénario, anticiper le pire. Nos confrères du Financial Times sont partis en quête de ce plan B, celui qu’aucun commissaire n’ose évoquer publiquement mais qui est bel et bien discuté à défaut de faire l’objet d’un document écrit.

Les durs et les tendres

Petit rappel: en cas d’acceptation du référendum pour une sortie de l’UE, David Cameron a indiqué que cela entraînerait aussitôt le recours à l’article 50 du Traité européen qui prévoit le retrait d’un membre. Le Royaume-Uni aurait alors deux ans pour négocier sa sortie, un délai très court en regard de l’ampleur de la tâche. Il faudra obtenir l’aval unanime des 27 membres restants pour envisager une prolongation de cette transition.

Qu’est-ce que le FT a découvert? Aucun texte précis, mais des témoignages «off» qui disent ceci: une césure se fait jour entre deux attitudes à adopter vis-à-vis du membre partant. Il y a ceux qui estiment qu’il faudra se montrer sévère à l’égard de Londres afin que ce vote ne fasse pas tache d’huile, avec à la clé une multiplication de référendum en Europe sur le maintien ou non au sein de l’Union. Ce camp des durs est sans surprise emmené par la France. «Faire du Brexit un succès signifierait la fin de l’UE. Cela ne peut arriver», glisse un diplomate.

Reste la sécurité commune

A l’inverse, il y a ceux qui estiment qu’il vaudrait mieux ménager les Britanniques et laisser le marché sanctionner le cas échéant la voie solitaire choisie par Londres. Se montrer trop intransigeant à l’égard de l’île dans le but de donner une leçon aux Eurosceptiques serait contre-productif et ne ferait que renforcer les divisions entre Européens. Ce camp-là, on s’en doute, est dominé par l’Allemagne.

Lors de divers entretiens tenus secrets, Angela Merkel et François Hollande seraient toutefois tombés d’accord sur une ligne commune: plutôt que réagir par une intégration renforcée des 19 pays de la zone euro, comme le suggèrent certains, les deux dirigeants préféreraient privilégier une plus grande coopération sur le plan de la sécurité et de la défense associant les 27 membres restants de l’UE. Une esquisse de ce plan reposerait dans le tiroir du chef de cabinet du président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Il est placé juste au-dessus du plan d’urgence d’un Grexit.

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