Au Royaume-Uni, en coulisses, les préparatifs du référendum sur l’Union européenne (UE) avancent. Les partisans d’une sortie de l’UE et ceux de son maintien sont en ordre de marche. Chacun a créé des groupes de pression. Plusieurs grands donateurs ont mis la main au porte-monnaie pour permettre l’embauche des quelques dizaines de militants qui formeront l’ossature de la campagne. Les premiers prospectus ont été rédigés et les sites internet fonctionnent. Chacun n’attend plus que le lancement officiel du référendum promis par David Cameron sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE, d’ici à fin 2017 au plus tard mais, peut-être, dès l’automne 2016.

Tout est prêt donc, sauf l’essentiel: le premier ministre britannique est loin d’avoir bouclé ses fameuses «renégociations» avec les Vingt-Huit. Avant d’organiser le vote, il a promis d’obtenir de Bruxelles un certain nombre de concessions. Sur la base de cet accord, il souhaite ensuite faire campagne pour rester dans l’UE et convaincre ainsi les Britanniques.

Ces renégociations ont pourtant peu avancé. Alors qu’un sommet européen de deux jours a débuté à Bruxelles ce jeudi, les homologues de David Cameron commencent à s’impatienter. «Je ne peux pas dire qu’on a fait d’énormes progrès», a ironisé Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Avant d’ajouter: «Il faut être deux pour danser le tango.»

Pour l’instant, David Cameron reste dans le vague. «On connaît les têtes de chapitre de ses revendications, mais on n’a pas les détails», précise un diplomate européen.

En juin, lors d’un précédent sommet européen, le leader britannique avait indiqué les quatre domaines où il espérait obtenir des concessions: la souveraineté, la compétitivité, l’égalité et l’immigration. Dans le premier chapitre, il souhaite que les parlements nationaux puissent bloquer les décisions bruxelloises avec un système de «cartons rouges». Il voudrait également que le Royaume-Uni soit exclu de la petite phrase du traité de Rome de 1957, qui parle d’une «union sans cesse plus étroite».

Pour la compétitivité, David Cameron veut accélérer la signature du traité de libre-échange transatlantique (TTIP) et simplifier la régulation européenne. Cela tombe bien, la Commission partage ces objectifs.
Derrière le mot égalité se cache un problème plus complexe. Londres veut obtenir la garantie que les pays qui ne font pas partie de la monnaie unique ne souffrent pas des règles décidées au sein de la zone euro. En particulier, la City craint que la régulation financière ne vienne l’étouffer.

Enfin, le sujet le plus explosif concerne l’immigration. David Cameron rêverait d’instaurer un système de quotas pour limiter l’arrivée des immigrés européens. L’an dernier, 183 000 d’entre eux (chiffre net) se sont installés au Royaume-Uni, un record.

Mais le premier ministre fait face à une fin de non-recevoir sur ce sujet. «Il y a des choses non négociables», a rappelé Angela Merkel mercredi, citant le principe de libre circulation des personnes au sein de l’UE. A défaut, David Cameron souhaite réduire l’accès des immigrés européens aux allocations sociales. Mais cela remettrait en cause le principe de non-discrimination entre les citoyens européens, également cité comme non négociable par la chancelière allemande.

Pour l’instant, les négociations s’arrêtent là. Jeudi, le premier ministre britannique a promis que «le rythme allait désormais s’accélérer». Il va soumettre des revendications précises «début novembre», affirme-t-il, en vue de discussions plus approfondies au sommet européen de fin décembre. Mais de l’aveu même des autorités britanniques, cela signifie que les discussions continueront courant 2016.

Dans ces conditions, un consensus domine dans les deux camps, pro et anti-européens: un accord sera finalement trouvé, mais il n’aura presque pas de contenu. «Il est probable que David Cameron réussisse sa renégociation mais je ne pense pas que cela apportera des changements fondamentaux», estime Danny Alexander, un libéral-démocrate très pro-européen, qui a été ministre pendant cinq ans dans le gouvernement de coalition de David Cameron (2010-2015). «Il est difficile d’imaginer que des changements substantiels soient obtenus, confirme John Whittaker, très anti-européen et ancien président de l’UKIP. David Cameron n’a pas précisé ce qu’il voulait.»

Toute la question sera de savoir comment le grand public réagira aux «concessions» que le premier ministre britannique ne manquera pas de brandir. En 1975, lors du référendum sur l’adhésion à la Communauté économique européenne, le premier ministre de l’époque, Harold Wilson, avait joué la même carte et avait convaincu ses concitoyens. Mais à l’époque, l’économie britannique était à la traîne du reste de l’Europe. Cette fois-ci, la situation est inversée.