Grande-Bretagne

Brexit: Theresa May met sa démission dans la balance

La première ministre promet qu’elle quittera son poste si les députés votent pour son accord sur le Brexit

Le Brexit continue de semer la zizanie en Grande-Bretagne. Les députés britanniques n'ont pas été en mesure mercredi soir de s'accorder sur une des huit solutions alternatives à l'accord négocié par la Première ministre Theresa May, rejeté deux fois par le Parlement. Parmi ces scénarios, que les députés ont eux-mêmes proposés, figuraient une sortie sans accord, une union douanière avec l'Union européenne ou encore une renonciation au Brexit dans le cas où aucun accord n'était approuvé par les députés.

Theresa May a décidé de jouer son va-tout. Dos au mur, engoncée dans des luttes internes homériques, la première ministre britannique a annoncé mercredi aux députés conservateurs qu’elle démissionnerait de son poste… s’ils soutenaient son accord sur le Brexit. Sa tête contre le deal.

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Pas de date de départ

«J’entends très clairement l’opinion des députés conservateurs, leur a-t-elle dit. Je sais qu’il y a un désir pour une nouvelle approche –et un nouveau leader- pour la seconde phase des négociations sur le Brexit et je ne m’y opposerai pas.» Elle ajoute: «Je suis prête à quitter ce boulot plus tôt que je ne l’envisageais afin de faire ce qu’il faut pour le parti et pour le pays. Mais je demande à tout le monde dans cette pièce de soutenir l’accord afin de conclure notre devoir historique, qui consiste à respecter la décision du peuple britannique en quittant l’Union Européenne d’une façon douce et ordonnée.»

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Comme toujours, chaque mot est pesé avec Theresa May. Elle ne donne pas de date de départ. Elle ne précise pas exactement les modalités de sa démission. Mais ses propos soulignent que la fin approche.Est-ce que cela sera suffisant? L’accord sur le Brexit a été rejeté à deux reprises, d’abord à une majorité de 230 voix, puis de 149. Soixante-quinze députés conservateurs ont voté contre. Vont-ils maintenant changer d’avis, quand ils vont devoir voter une troisième fois, sans doute dans les jours qui viennent? A l’heure actuelle, la première ministre ne dispose toujours pas d’une majorité suffisante, mais l’écart s’est nettement resserré depuis quelques jours.

Les Brexiters les plus durs commencent à bouger

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En particulier, les rangs des Brexiters les plus durs commencent à bouger. Une douzaine d’entre eux avait publiquement déclaré qu’ils soutenaient l’accord avant même les déclarations de Theresa May. Environ le même nombre avaient annoncé qu’ils envisageaient de suivre. Boris Johnson, l’un des favoris pour succéder à Theresa May, a décidé de se ranger dans le camp des partisans de l’accord. Selon lui, le danger est trop grand que le Brexit ne finisse par être dilué, voire complètement annulé.

Il constate que Theresa May, mais aussi la majorité de la chambre des Communes, s’opposent au «no deal» . Dès lors, l’accord de la Première ministre est la meilleure des alternatives, les autres options étant une sortie de l’Union Européenne plus douce, voire un deuxième référendum. «Une fois que le no deal est éliminé, il est nécessaire d’examiner ce qui se passerait si l’accord n’est pas voté, renchérit Jacob Rees-Mogg, un des ténors pro-Brexit. Cela mènerait à un long délai. (…) Deux ans ou plus sont envisagés.»

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Une abstention comme solution?

Il conditionne cependant son vote à celui du DUP (Democratic Unionist Party), le parti nord-irlandais. Celui-ci, arcboutés sur ses principes, n’a pour l’instant pas bougé. Il juge que le fameux «backstop» imposé par l’Union Européenne revient à mettre une frontière entre la Grande-Bretagne et l’Irlande du Nord. Il en va de leur raison d’être, eux qui sont des unionistes, c’est-à-dire favorable à rester dans le Royaume-Uni. Une abstention pourrait être une solution, mais cela reste incertain.

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Dès lors, l’équilibre parlementaire va se jouer sur les rebelles du parti travailliste. Ils sont quelques dizaines à vouloir que le Brexit ait lieu, notamment pour respecter le vote démocratique des Britanniques. Oseront-ils défier les consignes de leur leader? Même en mettant sa démission dans la balance, il n’est pas certain que Theresa May parvienne à faire voter son accord.

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