Royaume-Uni

Brexit: Theresa May est sous pression du parlement et de la Cour suprême

Alors que les anti-Brexit redressent la tête, les députés doivent se prononcer sur la date du 31 mars choisie par la première ministre pour lancer le divorce avec l’Union européenne. Les juges suprêmes sont aussi réunis

Theresa May doit se sentir cernée. A quelques enjambées du 10 Downing Street, à Londres, se trouve le Parlement Square proche de Big Ben. D’un côté, se trouve la Cour suprême. Depuis lundi, et jusqu’à ce jeudi, s’y déroulent les auditions pour trancher sur les modalités constitutionnelles du Brexit. Preuve de l’exceptionnelle importance du dossier, l’ensemble des onze juges sont réunis, ce qui n’était jamais arrivé. Ceux-ci doivent décider si le gouvernement peut déclencher seul le fameux article 50 du traité de Lisbonne entamant le processus de retrait de l’Union européenne ou s'il doit passer par le parlement?

De l’autre côté de la place, au-delà des statues de Winston Churchill et de Nelson Mandela, se trouve le parlement, au bord de la Tamise. Mercredi, à la Chambre des communes, les députés ont débattu exactement du même sujet. Dans une ambiance houleuse, ils ont argumenté autour de deux questions: le parlement doit-il être consulté avant le déclenchement de l’article 50? Mais surtout, le gouvernement doit-il présenter au préalable un plan détaillé de ce qu’il entend obtenir lors des négociations avec l’UE?

«Maintenir la pression sur Theresa May»

Presque six mois après le référendum sur le Brexit, le Royaume-Uni en est là. Alors qu’il n’a toujours pas débuté le processus de retrait de l’UE, il s’enfonce dans de byzantins débats sur les procédures à suivre. La dynamique a cependant changé de camp. Il y a quelques semaines, les «brexiters» étaient triomphants, faisant pencher la balance vers une rupture nette et complète avec l’Union européenne. Désormais, la contre-offensive est lancée.

Le premier front est juridique, devant la Cour suprême. Pourtant, si les auditions sont suivies de très près et retransmises en direct à la télévision, «la vérité est que cela n’a guère d’importance», estime un membre de la Chambre des lords, pro-européen convaincu. Selon lui, les députés n’oseront jamais bloquer le déclenchement de l’article 50. «Ce serait perçu comme un rejet de la volonté du peuple.»

Dans ce cas-là, à quoi bon cette parenthèse judiciaire? «Il s’agit de maintenir la pression sur Theresa May», explique un député travailliste influent. Son objectif, confie-t-il anonymement, est de ne surtout pas laisser le champ libre aux Brexiters pour progressivement revenir dans la course.

Dans cette optique, les travaillistes ont déposé hier un amendement devant la Chambre des communes, pour exiger que le gouvernement publie son plan avant le déclenchement de l’article 50. Ils veulent que Theresa May dévoile les grandes lignes de ses exigences: veut-elle rester dans le marché unique? Dans l’union douanière? Le Royaume-Uni continuera-t-il à contribuer au budget européen? Quid de l’immigration?

La première ministre a surpris tout le monde en acceptant finalement l’amendement. Elle accorde la publication d’un plan, mais en échange, elle exige que les députés s’engagent à voter l’article 50 d’ici au 31 mars 2017, pour respecter le calendrier qu’elle a annoncé en octobre. Cette concession ne l’engage pas beaucoup. Rien ne l’empêche de publier un plan sans entrer dans les détails.

Les parlementaires anti-Brexit, largement majoritaires, ne sont pas dupes. Mais cette victoire est un petit pas supplémentaire dans leur direction. «Pendant les deux prochains mois, vous n’entendrez pas trop parler de nous, confie le même membre de la Chambre des lords. Mais on n’a pas disparu. Et quand les débats deviendront vraiment difficiles, courant 2018, on sera là.»

Ces débats internes oublient pourtant un élément capital: l’Union européenne aura son mot à dire dans les négociations. Mardi, Michel Barnier, le représentant de la commission pour le Brexit, s’est rappelé au bon souvenir de Londres. Les négociations doivent être bouclées d’ici à octobre 2018 au plus tard, a-t-il averti. Et il n’entend pas autoriser un traitement de faveur au Royaume-Uni: «Choisir un menu à la carte n’est pas une option possible.» Pour Theresa May, entre ses parlementaires récalcitrants et le bras de fer avec les Vingt-Sept, le chemin s’annonce périlleux.

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